Cela s’appelle une ligne de fracture et elle s’approfondit. Réunis depuis hier en Irlande du Nord pour leur sommet annuel du G-8, les sept plus riches démocraties du monde et la Russie constatent et étalent leurs divergences sur la Syrie. C’est l’ancien bloc occidental contre l’ancienne URSS, un remake de la Guerre froide dans lequel personne n’essaye même d’afficher un sourire. Particulièrement ferme, François Hollande s’était publiquement demandé, dès son arrivée : « Comment peut-on admettre que la Russie continue de livrer des armes au régime de Bachar al-Assad alors que l’opposition n’en reçoit que très peu et qu’elle est aujourd’hui massacrée ? ». « Comment peut-on admettre, avait-il ajouté, qu’il y ait maintenant des preuves qu’il y a eu des armes chimiques sans qu’il y ait une condamnation unanime de la communauté internationale et du G-8 ? ».

Sur le fond, le ton était le même dans toutes les autres délégations des sept et le fait est que les grandes démocraties n’admettent plus ce déséquilibre qu’elles ont maintenant entrepris de corriger. Face à l’aide militaire toujours plus grande que l’Iran et ses alliés du Hezbollah libanais apportent au régime syrien, face surtout aux coups qui sont ainsi portés à l’insurrection et aux succès que multiplie donc le pouvoir en place depuis quelques semaines, les Occidentaux vont apporter un appui quantitativement et qualitativement plus grand aux insurgés.

Les rumeurs sur la création d’une zone d’exclusion aérienne par les Etats-Unis, d’un espace qui serait interdit par la force à l’aviation de Bachar al-Assad, demeurent prématurées. Il ne s’agit toujours que d’une option proposée par le département de la Défense à la Maison-Blanche mais des armes sont en cours d’acheminement, les services de renseignement occidentaux vont informer l’insurrection sur les mouvements des troupes adverses et l’Arabie saoudite – sans doute est-ce le plus important militairement parlant – est désormais en train de fournir des missiles sol-air aux insurgés, l’arme dont ils ont le plus besoin pour contrer les bombardements visant les villes, les quartiers et les régions qu’ils contrôlent.

Après avoir longtemps hésité, après de nombreux aller-et-retour, sans illusions et avec encore moins d’enthousiasme, les Occidentaux se sont aujourd’hui convaincu que le danger de voir des djihadistes mettre la main sur les armes livrées à l’insurrection était finalement moindre que celui de laisser l’Iran l’emporter en Syrie, avec l’appui de la Russie, dans ce qui est d’ores et déjà devenu un conflit régional.

En Syrie, ce sont les deux religions de l’islam qui sont maintenant face-à-face, chiites d’un côté, sunnites de l’autre. Le dernier signe en est que l’Egypte vient de rompre ses relations diplomatiques avec Damas et, dans ce face-à-face, les Occidentaux sont du côté des sunnites car ils ne pourraient ni ne veulent laisser gagner un Iran en passe de se doter de la bombe.

C’est tout l’équilibre proche-oriental qui se joue en Syrie et les sunnites comme les Occidentaux souhaitent rétablir un rapport de forces avant que ne s’ouvre le Genève 2, la très éventuelle conférence de paix à laquelle toutes les parties restent officiellement favorables.

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