Il y a, d'un côté, une audace française et, de l'autre, une prudence allemande mais Paris et Berlin devront trouver un pas commun.

Ils auront, demain, un tête-à-tête de quatre heures. Avant que leurs gouvernements ne se retrouvent, près de Berlin, pour un conseil des ministres franco-allemand, Emmanuel Macron et Angela Merkel auront à trancher sur les propositions que leurs équipes ont élaborées jusque tard hier soir. 

Il y a, d’un côté, une audace française, un désir d’affirmer une Europe politique par le resserrement des liens entre les 19 pays de la zone euro et, de l’autre, une prudence de la chancelière allemande qui veut éviter une mutualisation des dettes nationales.

Mme Merkel est d’autant plus attentive à ce risque qu’elle est prise entre la gauche de sa coalition, les sociaux-démocrates, qui la presse d’accepter les propositions françaises, et sa droite, la CSU, l’aile bavaroise de son parti, qui veut à la fois durcir la politique migratoire de l’Allemagne et imposer à tous les pays de l’Union un rééquilibrage de leurs comptes publics avant tout investissement commun. 

C’est une chancelière fragilisée que le président français retrouve demain mais, si lourdes que soient les contraintes allemandes, ces deux dirigeants sont mus par une même volonté d’afficher un front commun à même d’entraîner le reste des 27 dans une unité plus grande que tout menace aujourd’hui mais que tout impose, en même temps, à l’heure des chaos proche-orientaux et de MM. Trump et Poutine. 

Emmanuel Macron et Angela Merkel auront ainsi à fixer la barre : combien d’argent et, surtout, à quel rythme, sur des dossiers que leurs collaborateurs ont plus que largement débroussaillés. La question n’est plus de savoir si la zone euro sera ou non dotée d’un budget propre lui permettant d’investir en commun et de soutenir les plus fragiles de ses membres mais de combien sera la mise initiale. La question n’est plus de savoir si l’on va vers une garantie commune des dépôts bancaires – on y va – mais jusqu’où et en combien de temps. Alors, allegro français ou ma non troppo allemand, les choses vont bouger dans l’Union puisque la zone euro va resserrer ses rangs et que, parallèlement, de nouveaux pas seront faits vers l’Europe de la Défense et qu’il n’est plus impossible que Paris et Berlin ouvrent la voie d’une convergence sur l’immigration. 

Extrêmes ou dures, les droites européennes dénoncent de concert l’afflux de migrants mais, s’il n’y a pas de solution européenne, c’est l’Italie qui en supporte le fardeau. Contrairement à l’Autriche, à la Hongrie ou à la CSU allemande, l’Italie a besoin d’accords entre l’Union et les pays de transit pour qu’ils bloquent les migrants et d’un véritable contrôle commun des frontières européennes – ce que proposent Paris et Berlin. Entre Angela Merkel et Emmanuel Macron, autrement dit, les quatre heures de demain pèseront lourd, vraiment lourd.

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