Paris dénonce les menaces d’une frégate turque à l’égard d’un navire français, ainsi que les violations de l’embargo sur les livraisons d’armes à la Libye par Ankara. L’hostilité est montée d’un cran entre les deux capitales.

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron le 19 janvier dernier en marge d’une réunion sur la Libye à Berlin. La Libye est devenue le principal sujet de contentieux entre les deux pays.
Le Président turc Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron le 19 janvier dernier en marge d’une réunion sur la Libye à Berlin. La Libye est devenue le principal sujet de contentieux entre les deux pays. © AFP / Presidency of Turkey / Handout / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Une nouvelle fois, les relations entre la France et la Turquie traversent une période de fortes turbulences. Les deux pays ont même frôlé un incident militaire en Méditerranée, un événement exceptionnel entre deux pays membres de la même alliance, l’Otan.

La Ministre des Armées, Florence Parly, devait dénoncer le comportement de la marine turque lors d’une réunion des ministres de la Défense de l’Otan, hier. Heureusement, la réunion se passait en visioconférence, ce qui atténue la portée des éclats de voix, car la Turquie avait prévu de lui répondre vertement.

L’incident s’est produit lorsqu’un navire français a voulu contrôler un cargo soupçonné de violer l’embargo sur les livraisons d’armes à la Libye. Une frégate turque s’est alors interposée et s’est montrée menaçante. Ca parait impensable entre deux pays membres de l’OTAN, mais il y a de lourds contentieux qui l’expliquent.

La Turquie du Président Recep Tayyip Erdogan a des ambitions de puissance régionale et s’affranchit régulièrement de ses alliances. Si c’est aujourd’hui la Libye qui provoque cette nouvelle poussée de fièvre entre Paris et Ankara, les litiges ne manquent pas.

Il y a six mois, les deux pays avaient déjà eu des mots lorsque l’armée turque était intervenue dans le nord de la Syrie, contre les forces kurdes qui avaient été les alliés de la coalition anti-Daech. Depuis deux jours, Ankara a envoyé son armée dans le nord de l’Irak, pourchasser des combattants kurdes ; Paris a critiqué.

La Turquie menace régulièrement d’envoyer vers l’Europe les millions de réfugiés syriens qui sont chez elle, comme elle l’a fait en février dernier, créant délibérément une situation de crise à la frontière gréco-turque.

Mais c’est incontestablement la guerre en Libye qui est aujourd’hui le contentieux le plus lourd.

La Turquie est intervenue massivement dans la guerre civile libyenne, et en a fait le centre de sa quête d’influence, mais aussi d’accès aux réserves d’hydrocarbures en Méditerranée orientale. 

Ankara a envoyé des armes et des drones en Libye, et même des mercenaires islamistes syriens, au secours du gouvernement de Tripoli. La France dénonce ces violations des résolutions de l’ONU, mais le Président Erdogan avance sans sourciller, car il a convaincu Donald Trump de le laisser faire. 

Paris affaiblit toutefois son dossier en restant silencieuses sur le soutien qu’apportent, à l’autre camp de la guerre civile libyenne, les Émirats arabes unis dont Paris est proche.

La France est la puissance européenne la plus vocale contre la Turquie, un argument de plus pour une autonomie stratégique de l’Europe. Car la première victime de cette querelle, c’est l’OTAN, qui reste muette face à l’aventurisme turc ; « en état de mort cérébrale » aurait pu dire Emmanuel Macron, en reprenant sa formule-choc de novembre.

Mais en attendant, la Méditerranée est devenue un peu plus instable, et c’est, de manière inconcevable, entre alliés théoriques que se trouve l’une des sources de cette instabilité.

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