A-t-on choisi de les laisser mourir ? Les 103 détenus qui ont péri, hier matin, dans la prison de San Pedra Sula, au nord du Honduras, ont-ils été asphyxiés ou brûlés vifs parce que les forces de l’ordre auraient refusé d’ouvrir leurs cellules malgré l’incendie qui les ravageait ? Si la question se pose ce n’est pas seulement parce que des témoignages le laissent penser et que la directeur de la prison a été suspendu quelques heures après les faits. C’est surtout parce que la plupart de ces détenus étaient des « mareros », des membres d’un des nombreux gangs juvéniles, les « maras » dont le développement, la puissance et la violence sont aujourd’hui devenus l’un des premiers problèmes de l’Amérique centrale. Les mareros ont entre dix et vingt ans mais leur histoire remonte aux années 70-80, lorsque l’Amérique centrale, misérable et oligarchique, était ravagée par les combats opposant les guérillas d’extrême-gauche aux armées et aux escadrons de la mort soutenus par Washington. L’insécurité était alors devenue telle que plusieurs millions de centre-américains avaient fui leurs pays pour s’installer, le plus souvent illégalement, dans les grandes métropoles des Etats-Unis. Surexploités, sans ressources, ils y vivaient dans les ghettos de la misère et beaucoup de leurs enfants s’étaient retrouvés enrôlés dans les gangs de rue, à la fois milices d’autodéfense communautaires et chevilles ouvrières du trafic de drogue. Certains s’en sont sortis mais beaucoup sont directement passés de ces écoles du crime aux prisons américaines, l’université du crime, où les latinos devaient s’unir pour survivre face à l’autre grand groupe de la population pénitentiaire, les Noirs, venus des même ghettos, tombés pour les mêmes raisons mais encore plus nombreux qu’eux. Leurs peines achevées, ces jeunes latinos ont été systématiquement expulsés vers l’Amérique centrale, laissés à eux-mêmes dans des pays dont ils n’avaient pas même le souvenir et ce qui devait arriver est arrivé. Tatoués jusqu'aux narines, soudés par les épreuves communes et auréolés de leurs années de pénitencier, ils se sont organisés, ont pris en main les enfants des rues, ces bataillons de la misère, et formés, avec eux, de véritables armées, ces maras, dont ils sont devenus les commandants. « Mara » viendrait, dit-on de marabunta, nom d’une fourmi tueuse des forêts d’Amérique centrale. Pour y entrer, il faut avoir tué, brûlé ses vaisseaux, et les prisons américaines ayant aboli les différences nationales, les maras sont devenues des organisations transnationales, si bien solidaires et liées aux cartels de la drogue que le Honduras, le Guatemala, le Salvador et la Nicaragua ont signé, en janvier dernier, un pacte d’assistance anti-gangs. Sur le même terreau de délitement social, le crime a succédé à la guérilla. Les maras s’en prennent aux chefs d’Etat en les menaçant de mort par des messages laissés sur des cadavres. On n’est plus très loin d’une guerre civile régionale qui gagne, aujourd’hui, le Mexique et de là à penser qu’on n’ait pas voulu sauver les mareros de San Pedra Sula, il n’y a qu’un pas - que rien n’interdit.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.