Ce n’est pas de la science-fiction, pas un gag, pas de la politique fiction. Depuis maintenant près de trois semaines, l’Estonie, ex-République soviétique aujourd’hui membre de l’Otan et de l’Union européenne, est victime d’attaques cybernétiques à répétition, d’une cyber-guerre, dit-elle. Dans ce petit pays qui avait décidé, dès son indépendance, en 1991, de développer l’essentiel de ses services administratifs sur internet, les sites de la Présidence, du Parlement, du gouvernement, des partis politiques, des banques et de media sont totalement bloqués par un engorgement organisé. L’attaque est, bien sûr, anonyme mais, pour les Estoniens, son origine ne fait pas de doute. C’est l’ancien maître du pays, la Russie, accusent-ils, qui voudrait riposter, par là, à leur décision d’enlever du centre de leur capitale un gigantesque monument à la gloire des soldats soviétiques. L’affaire avait provoqué, le mois dernier, de violents affrontements entre la police estonienne et l’importante communauté russophone du pays. C’est toute l’Histoire des Etats baltes qui ressort là comme un diable de sa boîte, leur indépendance après la Guerre de 14, leur retour à la Russie, en 1939, par l’effet du Pacte germano-soviétique, leur sortie de l’URSS après l’offensive allemande contre l’Union soviétique et leur nouvelle annexion par l’URSS après la défaite allemande, annexion qui, vue de Moscou, est leur libération du joug nazi. Pour la Russie, l’affaire du monument est une affaire d’Etat, si brûlante que l’Union européenne et l’Otan, qui a dépêché une équipe d’experts à Tallinn, partagent sans le dire les soupçons estoniens. L’un de leurs membres est sous attaque, une guerre moderne qui, pour n’être pas classique, est une guerre sur laquelle plane l’ombre de Moscou et cette crise alourdit encore l’atmosphère du sommet Europe-Russie qui s’est ouvert, hier, à Samara, dans le sud de la Fédération. Russes et Européens devaient y lancer des négociations visant à la conclusion d’un accord de partenariat stratégique. L’enjeu est de taille puisque plus de la moitié du commerce extérieur russe se fait avec l’Union qui dépend, elle, de la Russie pour un quart de ses approvisionnements pétroliers et plus de deux cinquièmes de ses fournitures de gaz. L’Allemagne, qui préside l’Union jusqu’à la fin du semestre, comptait bien avoir assuré l’ouverture de ces négociations, mais elles sont maintenant compromises. Outre cette crise estonienne, l’Union et la Russie sont en désaccord sur le Kosovo, les conditions faites aux entreprises européennes en Russie, l’utilisation du gaz comme arme politique par le Kremlin, l’autoritarisme de Vladimir Poutine et le système de défense anti-missiles que les Etats-Unis entendent déployer en République tchèque et en Pologne. L’extension de l’Otan jusqu’aux frontières russes et l’élargissement de l’Union à l’Est compliquent les rapports entre l’Europe et la Russie.

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