On avait fini par le croire aussi téflonisé qu’une poêle antiadhésive. Sur lui rien n’accrochait, ni ses malversations les plus patentes ni la gênante épaisseur de ses blagues salaces, mais cette fois-ci, Silvio Berlusconi, président du Conseil italien et homme le plus riche de son pays, paraît solidement ébranlé. « Il est surpris et peiné. Il ne s’attendait pas à un tel résultat », ont déclaré ses collaborateurs après les élections locales du week-end dernier qu’il a tout simplement perdues. Ce n’est pas tant que la gauche l’ait emporté dès le premier tour à Turin et Bologne et qu’elle ait des chances de s’imposer au second tour à Naples où elle s’était présentée dimanche en ordre dispersé. C’est surtout que Milan, la capitale économique, la ville où Berlusconi pouvait si peu perdre qu’il y avait pris la tête de la liste présentée par le Peuple de la liberté, son parti, vient de lui tourner le dos dans un spectaculaire désaveu. Sa candidate, la maire sortante, y a recueilli 41,6% des voix contre 48% à la gauche. La droite est en ballotage à Milan que la gauche est quasiment assurée de gagner dans quinze jours. C’est un peu comme si la droite française perdait Nice, Versailles ou Neuilly. Plus qu’une humiliation, c’est un rejet qui signifie qu’une part importante de la droite italienne n’en peut plus d’un homme aujourd’hui cité dans quatre procédures pénales pour corruption, évasion fiscale, abus de pouvoir et relations sexuelles avec une prostitué mineure. Depuis longtemps lâché par le grand patronat, Silvio Berlusconi l’est maintenant par le peuple de droite car il est parvenu à s’aliéner trop des courants de son camp, les catholiques choqués par ses frasques, les centristes que sa démagogie épouvante, les anciens fascistes devenus démocrates et défenseur de l’Etat et même ses derniers alliés de la Ligue du Nord qui lui reprochent de ne pas assez lutter contre l’immigration et, surtout, de les entraîner dans sa chute. Les prochaines élections nationales n’auront pas lieu avant deux ans mais Silvio Berlusconi n’est plus qu’en sursis, à la merci des juges ou d’un nouvel éclatement de sa coalition. La plus consternante figure de la scène politique européenne est en train de s’effacer mais ce n’est pas seulement parce qu’il est ce qu’il est que Silvio Berlusconi prend l’eau mais aussi parce que ses défauts propres accentuent les difficultés croissantes que les droites européennes, dans tous nos pays, éprouvent à trouver des thèmes et positionnements fédérateurs. Les électeurs des droites européennes c’est en même temps des traditionalistes attachés aux convenances d’antan et des cadres urbains parfaitement acquis à l’évolution des mœurs, des libéraux adeptes de la mondialisation et des défenseurs des frontières nationales, des partisans et des adversaires de la supranationalité européenne, des gens que l’islam terrorise et d’autres qu’il n’empêche pas de dormir, une marge de plus en plus importante qui se radicalise aux extrêmes et des modérés qui ne peuvent rien avoir de commun avec ces nouvelles extrêmes-droites. Il y a vingt ans que l’on parle de la crise de la gauche européenne qui, pourtant, devient lentement mais sûrement un centre gauche – marché libre, régulation et protection sociale – mais la crise de la droite n’en est, elle, qu’à ses premiers moments.

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