C’est à raison que le New York Times en faisait sa « une » hier matin. En 2011, pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, le nombre de naissances issues des minorités noire, asiatique et, surtout, latino-américaine a dépassé celui des naissances dans les familles dites « blanches », c’est-à-dire protestantes ou catholiques d’origine européenne.

L’écart n’est pas spectaculaire en lui-même. C’est du 50,4% contre 49,6% mais ce basculement s’inscrit dans une tendance longue puisque les hispaniques, les « latinos », constituent depuis trois décennies le plus fort contingent d’immigrés légaux ou illégaux, qu’ils font plus d’enfants que les Blancs et que leur âge moyen est de 27 ans contre 42 ans pour les Blancs. D’ores et déjà, seuls 50,3% des Américains de moins de 5 ans sont Blancs alors qu’ils sont presque 4 sur 5 à l’être au-dessus de 65 ans et cela signifie que sous peu d’années, à peine plus de deux décennies, les Etats-Unis auront totalement changé.

Jusqu’aujourd’hui, la société américaine était façonnée et dominée par les Wasps, les Blancs anglo-saxons protestants, qui incarnaient les Etats-Unis aux côtés de minorités catholiques venues d’Irlande ou d’Italie et qui pesaient peu jusqu’à la moitié du siècle dernier. L’Amérique était blanche, européenne et protestante. Cela déterminait son regard sur le monde et ses solidarités naturelles mais dès lors que les minorités d’hier tendent inexorablement à devenir majoritaires et que les Américains originaires d’Amérique latine sont ceux qui pèseront le plus dans cette nouvelle majorité, l’Amérique sera un autre pays.

Ce n’est pas seulement que le catholicisme y pèsera autant sinon plus que les églises protestantes qui sont très divisées et ne constituent pas un bloc. C’est aussi que les Etats-Unis tendront à devenir bilingues, que l’espagnol sera l’autre langue de ce pays comme on le sent déjà dans plusieurs Etats de la Sun Belt, la ceinture du soleil, celle du sud, mais aussi que l’Amérique latine sera de moins en moins « l’arrière-cour » des Etats-Unis où ils faisaient la loi et de plus en plus leur égal d’où viendra la majorité de leur population.

Il ne sera plus possible d’y traiter les latinos en immigrés et parents pauvres. En vertu de la démocratie, ils y auront un poids déterminant et toujours plus grand et cette évolution démographique et politique accélérera le rapprochement des deux Amérique dans un marché commun qui est en marche puis dans une complémentarité économique, politique et culturelle qui unira, à terme, les deux parties de ce continent dans un ensemble commun. La démographie est en train de constituer un géant continental qui regardera vers l’Asie et oblige le continent Europe à s’organiser autour de ses trois piliers, l’Union européenne, l’Afrique et la Russie.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.