Au moins 3 attentats simultanés dont un sur un marché du quartier chiite de Shaab pour un bilan encore provisoire de 70 morts. Depuis une semaine, attentats après attentats,

Ce matin, Anthony Bellanger se demande si l'Etat islamique est affaibli, après avoir revendiqué une nouvelle vague d'attentats à Bagdad...

Au moins 3 attentats simultanés dont un sur un marché du quartier chiite de Shaab pour un bilan encore provisoire de 70 morts. Depuis une semaine, attentats après attentats, toujours dans des quartiers chiites, ce sont près de 200 Baghdadis qui ont perdu la vie.

Difficile donc de parler d'affaiblissement de l'Etat islamique, qui a revendiqué tous ces attentats, dans cet véritable hécatombe. Et pourtant, c'est comme cela qu'il faut lire cette rage meurtrière. Alors évidemment, ça demande un peu d'explications.

L'Etat islamique, depuis ses 1ères conquêtes spectaculaires en 2014, tient deux discours : d'une part, ils sont les autorités légitimes d'une sorte de « sunnistan » conquit à pointe de la Kalashnikov et qui s'étend de l'Irak à la Syrie.

Ensuite : leur autorité vient d'Allah. Oublié donc, sinon de façon ponctuelle, les vulgaires attentats sur les marchés ou les commissariats : leurs combattants ont mieux à faire : conquérir Mossoul, en Irak, ou Raqqa, en Syrie en pick-up, drapeau noir au vent.

Donc, s'ils reviennent aux vagues attentats, c'est qu'ils y sont contraints et qu'ils reculent sur le terrain...

Exactement, le terrorisme et les attentats, ce sont des armes de pauvres. Or l'Etat islamique est en train de les « redécouvrir », ces armes de pauvres, lui qu'on disait riche à millions, a dû baisser la solde de ses soldats de Dieu et réduire la voilure.

Finis les camions citernes vers la Turquie, la voie a été coupée et les convois systématiquement attaqués par les frappes occidentales ou russes. De plus l'impôt révolutionnaire rentre mal : les contribuables ayant souvent fui ou étant morts.

De plus, les campagnes militaires des uns et des autres finissent par porter leurs fruits : depuis début 2015, l'Etat islamique a perdu un quart de son territoire. Voire 40%, disent les Américains. Essentiellement du désert, mais aussi quelques villes clés.

Les Américains ont trouvé un nom parfait pour en parler : ils appellent ça la « stratégie de l'anaconda ». On voit bien ce que ça veut dire : pas de victoires flamboyantes mais un étouffement progressif de l'adversaire, petit à petit la victoire fait son nid.

Il faut les croire les Américains ?

Pour tout vous dire, Patrick, ça fait une semaine que cette « stratégie de l'anaconda » me fait bien rire. C'est un cache-misère en fait : les Etats-Unis et leurs alliés, dont nous, ont conduit plus de 8 000 fois en Irak et plus de 3 800 fois en Syrie.

Tout cela sans reconquérir Mossoul ni Raqqa. Alors, plutôt que d'avoir recours à des métaphores animalières, je préfère parler de « perdant – perdant » pour décrire la situation actuelle de l'Etat islamique.

Je m'explique : lorsqu'on est un groupe armé « élu de Dieu », la victoire est divine, mais la défaite, comment la justifier ? Pour la rendre moins amère, l'Etat islamique a besoin de faire diversion. D'où les attentats de Bagdad, mais aussi ceux de Paris et de Bruxelles.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.