Les Européens ne veulent pas d’une guerre commerciale avec les États-Unis et se disent, surtout, que Donald Trump n’est pas éternel.

L’unanimité est là, et bien réelle. Les 28 – les 28 puisque la Grande-Bretagne n’est pas déjà sortie de l’Union, pas plus que l'Italie, d'ailleurs – viennent d’unanimement réaffirmer à Sofia qu’ils n’entendaient ni sortir du compromis nucléaire passé avec Téhéran ni laisser les États-Unis sanctionner les entreprises européennes qui continueraient à commercer avec les Iraniens en vertu de ce compromis de 2015. 

C’est une véritable unanimité, même des plus atlantistes des États membres,  mais entre les déclarations et les actes, il y a toute la question des moyens et du rapport de forces.

Pendant qu’à Sofia les dirigeants européens affirmaient leur fermeté, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, expliquait ainsi qu’une entreprise comme la sienne ne pouvait pas se passer des Américains, ni de leurs banques qui la financent à 90 % ni de leurs actionnaires qui détiennent plus d’un tiers de son capital. Conclusion : la multinationale Total, si française qu’elle soit, ne pourra pas donner suite à l’énorme investissement gazier qu’elle s’apprêtait à faire en Iran à moins, évidemment, que les autorités européennes ne lui obtiennent une exemption, un feu vert, des États-Unis.  

Commentaire d’Emmanuel Macron : "Le président de la République n’est pas le PDG de Total." Cela voulait dire, en six mots, qu’il ne pouvait pas donner de garanties à Patrick Pouyanné et comprenait donc sa décision. 

Alors quoi ? Des mots, mais rien ? L’unanimité, mais l’impuissance ? 

Et, question : pourquoi ne pas dire que si sanctions américaines il y a contre des entreprises européennes, il y aura sanctions européennes contre des entreprises américaines ? 

C’est la question, fondamentale puisque l’Union en aurait tous les moyens – si l’Italie, toutefois, ne la fait pas exploser – mais les dirigeants des États membres, Emmanuel Macron comme les autres, ne veulent pas d’une guerre commerciale avec les États-Unis parce que tout le monde aurait beaucoup à y perdre et qu'ils se disent, surtout, que Donald Trump n’est pas éternel et qu’il vaut mieux temporiser quelques temps que le laisser briser à jamais les relations transatlantiques. 

Les Européens vont activer dès aujourd’hui un vieux texte qui leur avait permis de contourner le blocus de Cuba par les États-Unis mais c’est sur un rapport de force politique qu’ils tablent avant tout. 

Car si Donald Trump ne veut pas – et il ne le veut pas – avoir à bombarder l’Iran parce que ses décisions auront conduit à une relance de son programme nucléaire, il doit pouvoir s’appuyer sur les Européens pour trouver une issue avec Téhéran. Il devra donc composer avec eux et leur faire des concessions sur leur commerce avec l’Iran comme sur leurs exportations d’aluminium et d’acier. Oui… Peut-être... Ce n’est pas impossible et tel est, en tout cas, le pari des 28.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.