L’Assemblée mondiale de la Santé, lundi et mardi, devrait être marquée par l’hostilité croissante entre les États-Unis et la Chine, occultant les sujets brûlants de la pandémie de coronavirus, les vaccins, les traitements... Il faut s’attendre à un coup d’éclat de Donald Trump.

Le Directeur Général de l’Organisation mondiale de la Santé, le Dr Tedros Adhanom Gebreyesus, lors d’une conférence de presse le 16 mai : il est au centre des attaques américaines contre l’OMS.
Le Directeur Général de l’Organisation mondiale de la Santé, le Dr Tedros Adhanom Gebreyesus, lors d’une conférence de presse le 16 mai : il est au centre des attaques américaines contre l’OMS. © AFP / Christopher Black / World Health Organization / AFP

L’Assemblée mondiale de la Santé est un événement annuel qui n’intéresse d’ordinaire que les experts du secteur des 194 pays membres de l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé. Cette année, elle promet au contraire de se transformer en véritable champ de bataille géopolitique, comme l’est progressivement devenue la pandémie de covid-19.

Comptez sur les États-Unis de Donald Trump pour faire un coup d’éclat au cours des deux jours de cette rencontre par visioconférence ! Le Président américain, qui félicitait encore en janvier dernier le numéro un chinois Xi Jinping pour sa lutte contre le coronavirus, pratique désormais l’escalade systématique contre la Chine.

En lever de rideau, Donald Trump tweetait ce weekend son agacement que la Chine, malgré son importante population, ne payait qu’une fraction de ce que versaient les États-Unis à l’OMS. Un argument à côté de la plaque puisque les cotisations sont liées au Produit intérieur brut, pas à la population. Mais peu importe, Trump en a profité pour lancer une nouvelle pique à propos du « fléau qui nous est venu de Chine », certain d’agacer Pékin, et de plaire à sa base électorale.

Trump n’est certes pas le seul à critiquer l’OMS : de nombreux États et experts estiment que l’OMS a été trop indécise, a trop tardé avant de reconnaître la transmission du virus d’humain à humain, a laissé Pékin dicter le moment du déclenchement de l’alerte sanitaire internationale, une décision capitale. Certains en veulent à la Chine pour son absence de transparence, son opposition à la présence de Taiwan à l’OMS… L'Europe demande ainsi une enquête indépendante sur l'origine du virus, mais en étroite liaison avec l'OMS, pas contre elle...

Car l’immense majorité des États-membres considèrent que l’urgence aujourd’hui n’est pas de faire le procès de l’OMS et de son Directeur Général, le Dr Tedros, en pleine pandémie ; mais de gagner la bataille du coronavirus, en particulier celle des vaccins et des traitements, et de préparer des réformes de l’organisation - pas sa destruction.

Née après la guerre, l’OMS est en effet la seule organisation mondiale dédiée aux questions de santé dont nous constatons à quel point elles sont existentielles - et transnationales. Si l’OMS n’existait pas, il faudrait l’inventer, mais peut-être différemment…

La faiblesse principale de l’OMS est d’être, comme toutes les instances des Nations Unies, le reflet de l’état des rapports internationaux. Lorsque ceux-ci sont exécrables, comme c’est le cas actuellement, ces organisations en subissent le contrecoup. S’agissant de santé publique mondiale, c’est désastreux.

Alors comment rendre l’OMS moins dépendante des rapports de force des grandes puissances ? En 2005, après l’épidémie de SRAS, les États avaient renforcé le règlement sanitaire international (RSI), la « bible » de l’OMS, lui donnant une dose de pouvoir supranational. Mais on voit bien que dans le contexte actuel, l’OMS ne l’a pas utilisé. C’est la principale contradiction.

Des sujets graves qui mériteraient de vrais débats, pas le spectacle des joutes idéologiques de la nouvelle guerre froide qui s’annonce. On est bien loin du coronavirus…

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