C’est la routine. Vingt-neuf morts et quarante-cinq blessés hier soir, c’est plus que les attentats qui ensanglantent quotidiennement l’Irak mais beaucoup moins aussi que les grands carnages qui le frappent avec la régularité d’un métronome. En Irak, les attentats rythment désormais la vie de tous les jours mais, à quarante-huit heures du premier anniversaire, samedi, du début de l’intervention américaine, celui d’hier est un rappel. Cette guerre et la chute de Saddam, son objectif, devaient instaurer la démocratie, l’Etat de droit et la stabilité en Irak. C’est l’anarchie qui règne dans ce pays, gouverné par un proconsul américain qui ne tente plus que de limiter les dégâts sans savoir comment constituer le gouvernement national auquel repasser un pouvoir légitime. Cette guerre devait porter un coup fatal, sévère au moins, au terrorisme. Elle n’a fait qu’offrir à ses réseaux un nouvel Afghanistan, la base de rechange à partir de laquelle reformer leurs rangs, s’entraîner aux hécatombes et déployer la mort de par le monde. Cette guerre devait faire de l’Irak un modèle démocratique, une vitrine des valeurs occidentales dont l’existence allait bouleverser tout le paysage proche-oriental, par contagion de la liberté, disait-on. Un an plus tard, c’est la contagion du chaos qui menace la région car l’éclatement progressif de l’Irak porte en lui une guerre balkanique, tous contre tous dans l’effondrement des Etats créés, après la Première Guerre mondiale, sur les décombres ottomans. Cette guerre, enfin, devait renverser l’image des Etats-Unis dans le monde arabo-musulman, en faire une force de changement et de démocratisation après qu’ils furent si longtemps les soutiens des dictatures les plus archaïques. Ce rêve s’est perdu. Jamais les Etats-Unis n’ont été aussi impopulaires qu’aujourd’hui, non seulement en terre d’Islam mais sur tous les continents. Cette guerre n’est pas un échec. C’est une faillite, d’autant plus effroyable que la vision qui l’a fondée n’était pas fausse. Les Américains avaient raison de vouloir attaquer le terrorisme à la racine, de vouloir, autrement dit, changer la perception que les nations arabes ont des Etats-Unis en allant remplacer une dictature honnie par une démocratie. L’intention était bonne mais on ne fonde pas l’Etat de droit sur un mensonge d’Etat et la violation du droit international et l’on ne peut pas instaurer la démocratie en allant occuper un pays sans traditions ni partis démocratiques, qui plus est divisé en communautés ethnico-religieuses aux intérêts divergents. Il fallait, c’est vrai, changer la donne au Proche-Orient. Il le faut plus que jamais mais ce n’est certainement pas en Irak qu’il fallait le tenter mais en Palestine, le seul pays de la région qui aspire à une intervention internationale conduite par les Etats-Unis, le seul où existent des forces démocratiques sur lesquelles s’appuyer, le seul, enfin, où l’objectif, celui de l’Onu, aurait été clair, imposer la paix, une paix fondée sur la sécurité d’Israël et la création de l’Etat palestinien. Il est encore temps, plus que temps d’y penser car ce serait le seul moyen de réparer l’erreur irakienne.

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