Ce n’est qu’un sondage mais il est révélateur. D’autres sondages, dans les jours à venir, pourraient bien faire repasser le « oui » en tête car un point d’avance, un seul, pour le « non », ce n’est rien ou presque sauf que ce petit point dit un climat qui est tout, sauf favorable au « oui ». Tout menace le « oui ». Tout annonce, aujourd’hui, une victoire du « non » car l’idée, fausse, selon laquelle ce projet de Constitution serait inamendable et graverait le libéralisme dans le marbre s’est largement imposée, que beaucoup d’électeurs ne comprennent plus où va le projet européen, que la seule éventualité d’une entrée de la Turquie fait grimper nombre d’entre eux aux barricades, que le climat social est extrêmement tendu et que ce référendum se présente, au bout du compte, comme une formidable occasion d’exprimer une colère polymorphe qui ne cesse plus de monter. Alors que se passerait-il si le « non » l’emportait ? La terre ne s’arrêterait pas de tourner. L’Europe n’en reviendrait pas, non plus, aux guerres des siècles passées. Les avocats du « non » ont raison de dire que ce ne serait pas la fin du monde mais le monde s’en porterait-il mieux ? Cette crise, en d’autres termes, serait-elle salutaire comme le pensent la plupart de ceux qui souhaitent le rejet de ce projet ? La réponse est non. La réponse est, d’abord, que le projet européen prendrait, aux bas mots, une quinzaine d’années de retard supplémentaire car il faudrait rebâtir un consensus sur la manière de le remettre en route alors même que l’élargissement fait coexister dans l’Union des pays essentiellement atlantistes et des partisans d’une affirmation politique de l’Europe, des pays qui ont des acquis sociaux à défendre et d’autres qui ne peuvent pas encore s’offrir ce luxe. Non seulement il serait long et difficile de recoller les morceaux après un « non » français mais, ayant rejeté l’actuel projet de Constitution sans offrir de projet alternatif, ayant réduit à néant un effort commun par le seul effet de son bon plaisir, la France n’aurait ni les idées ni le crédit nécessaires pour reprendre les rênes politiques de l’Europe. L’Europe stagnerait. L’influence française y serait réduite. A l’heure de la toute puissance américaine et de l’envol chinois, ce serait pour le moins dommageable mais y aurait-il au moins là le moyen de mieux défendre la protection sociale puisque tel est l’objectif dont se réclament la plupart des avocats du « non » ? La réponse est que le seul moyen de le faire est d’accélérer la marche vers une Europe politique, vers une Union dans laquelle les adversaires de la loi de la jungle, du règne de l’argent, du « Vive les riches ! A bas les pauvres ! » pourraient coaliser leurs forces pour gouverner l’union et défendre ensemble une solidarité et une justice sociales partout battues en brèche. A l’heure de la mondialisation, plus aucun Etat nation ne peut le faire seul. Seule une Europe unie le pourrait et tout ce qui retarde les progrès de son unification et la possibilité, donc, d’affirmer son modèle avec le poids d’un continent va contre le progrès social. C’est une terrible erreur que la France est à la veille de commettre.

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