On ne sait pas ce qui se passe au Tibet. On sait qu’il y a des troubles, qu’ils ont débuté lundi dernier après une manifestation de moines à Lhassa, la capitale, dont la répression a aussitôt suscité de nouveaux mouvements de protestation. On sait que ces troubles sont assez importants pour que les autorités chinoises en aient reconnu l’existence dès mercredi et les dénoncent, de plus en plus vigoureusement, comme une manipulation organisée par le dalaï-lama depuis son exil indien de Dharamsala. On sait, aussi que ces troubles se sont étendus, ce week-end, aux provinces limitrophes mais dans quelles proportions ? Combien y a-t-il de morts et de blessés ? Le mouvement s’essouffle-t-il ou s’élargit-il au contraire ? Il n’y a pas de réponses sûres à ces questions puisque la région a été fermée aux journalistes en poste à Pékin et que les informations des responsables chinois et des Tibétains en exil ne concordent naturellement pas. Il y a pourtant trois certitudes dans cette incertitude. La première est que le Tibet ne s’est pas résigné. Il y a près de sept cents ans que cet Etat bouddhiste qui avait longtemps été indépendant et puissant résiste à la Chine. Après avoir, une nouvelle fois, recouvré son indépendance entre les deux guerres, il avait du accepter un protectorat chinois en 1951. Dès 1956, il s’était, à nouveau, révolté jusqu’à ce qu’une véritable insurrection soit noyée dans le sang, en mars 1959, et ne conduise à la fuite vers l’Inde de 80 000 Tibétains dont le dalaï-lama. En 1965, le Tibet a été purement et simplement intégré à la Chine avec un statut de région théoriquement autonome. Comme toute la Chine, il a subi de plein fouet la révolution culturelle puis soufflé depuis les années 80. Ses libertés religieuses ont été rétablies mais, soumis à une politique de sinisation systématique qui menace désormais son identité, le Tibet vient de reprendre son éternel combat pour la liberté, dans l’espoir d’obtenir une véritable autonomie interne à défaut d’une indépendance. La deuxième certitude est que les Tibétains n’ont évidemment pas choisi ce moment au hasard. C’est le 49ième anniversaire de l’insurrection de 59 mais on est, surtout, à cinq mois des jeux olympiques de Pékin. A l’approche de ce grand rendez-vous, voulu pour montrer la renaissance de leur pays, les dirigeants chinois ne peuvent pas plus faire couler le sang à flots que laisser faire, trop doser la répression, et risquer alors une contagion. Les Tibétains le savent, à Dharamsala sans doute mais tout aussi bien à Lhassa. Avec l’intelligence collective que les peuples trouvent plus souvent qu’on ne croit, ils ont saisi cette occasion de refaire entendre leurs aspirations et pris date, marqué un point, quoi qu’il arrive dans les jours à venir. Troisième certitude, enfin, ces manifestations tibétaines viennent rappeler que, sous le miracle de sa croissance économique, la Chine a d’immenses problèmes politiques à résoudre, sociaux au premier chef mais aussi régionaux. Dans un pays où les révoltes paysannes sont constantes, la corruption générale et les inégalités effarantes, le Tibet n’est que la pointe de l’iceberg.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.