Barack Obama traverse une mauvaise passe. Cela devait lui arriver un jour, à lui comme à tout président, mais l’étonnant est que ses difficultés ne tiennent pas plus à un regain d’influence des Républicains qu’à une nouvelle aggravation de la situation économique – à aucun des dangers auxquels il pouvait s’attendre un jour. Non. Son problème est que le voilà soudain dépassé sur sa gauche, débordé par la vague d’indignation nationale qu’a suscitée la distribution de 165 millions de dollars de bonus aux cadres d’une compagnie d’assurances, American International Group, AIG, que l’Etat avait du sauver de la faillite en lui accordant une aide de 170 milliards à l’automne dernier. Des cadres dont la gestion avait provoqué une débâcle ont, autrement dit, bénéficié, vendredi dernier, de primes payées grâce à l’argent des contribuables au moment même où AIG s’apprêtait à recevoir 30 nouveaux milliards d’aide publique. C’est tellement invraisemblable que la presse populaire est littéralement déchaînée. « AIG est un porc », disait hier la manchette du "New York Daily News". D’ordinaire plus pondéré, "USA Today" publiait la photo, montage ou réelle, d’une tomate envoyée s’écraser sur le sigle de la compagnie. Dans Main Street, comme on dit aux Etats-Unis, les interviews de Monsieur Tout le monde reflètent une rage générale contre cette « insulte au peuple américain » et le Congrès n’est pas en reste. Un sénateur républicain de l’Iowa est allé jusqu’à souhaiter que les dirigeants d’AIG agissent à la japonaise, qu’ils « démissionnent ou se suicident », a-t-il dit, et les élus, des deux partis, demandent à l’unisson comment, pourquoi, la Maison-Blanche a laissé faire. Barack Obama est monté, lundi, en première ligne. Les auditeurs d’Inter ont entendu, dès hier matin, la déclaration dans laquelle il parlait, lui aussi, d’une « insulte aux contribuables » et demandait au département du Trésor d’explorer « tous les moyens légaux de bloquer ces bonus » mais la vérité est que les autorités ont laissé faire ces versements parce qu’ils étaient prévus par les contrats d’embauche des cadres d’AIG et que les conseillers juridiques du gouvernement avaient estimé que les tribunaux ne pourraient que se prononcer pour le respect de ces obligations contractuelles. Juridiquement parlant, c’est exact. Moralement et politiquement, c’est une tout autre histoire et le procureur général de l’Etat de New York, Andrew Cuomo a ouvert une enquête en faisant valoir que, sans l’argent des contribuables, les contrats en question ne seraient plus que chiffons de papier puisque AIG n’existerait plus. L'Etat pourrait, finalement, retenir le montant des bonus sur ses nouvelles aides à AIG mais une tempête politique souffle sur les Etats-Unis et il y a, là, un parallèle à faire avec le malaise suscité en France, jusque dans la majorité, par le refus de Nicolas Sarkozy de revenir sur le bouclier fiscal. Depuis que les dérives financières ont plongé le monde dans la récession, les avantages des plus riches sont de plus en plus mal acceptés et si la moralisation du capitalisme n’est pas effective et convaincante, les opinions se radicaliseront.

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