Ce sont des signes, rien que de signes mais frappants et que relevaient, hier, les correspondant de l’Agence France Presse à Moscou. Il y avait, d’abord, eu ces manifestations de l’extrême Ouest russe pour protester contre les droits de douane soudainement imposés à l’importation de voitures japonaises d’occasion dont vit cette région. On en avait parlé dans cette chronique car c’était la première fois, depuis la première élection de Vladimir Poutine, qu’un mouvement social organisé s’exprimait dans la rue, sans peur et massivement. Soutenus par la population locale, ces gens défendaient leur gagne-pain. Leurs revendications n’étaient pas politiques. Ils ne s’en prenaient pas au pouvoir en tant que tel, pas directement en tout cas, mais vint un deuxième signe du recul de la peur. Invités à fêter l’anniversaire de Vladimir Poutine, entretemps devenu Premier ministre et non plus président, des écrivains connus refusent de s’y rendre, le font savoir et expliquent ce refus par leur réprobation de l’autoritarisme et de l’arbitraire ambiants. Là, quelque chose se passe, une rupture dans l’acceptation générale de ce pouvoir et, tout récemment, un chanteur rock, Iouri Chevtchouk, a créé l’événement en s’en prenant, lui, en plein concert, devant des milliers de fans, non seulement à la brutalité et la corruption de la milice mais aussi à « ce régime dur, cruel et inhumain ». Peu après, c’était un acteur, Alexeï Devotchenko, qui appelait ses collègues à ne plus jouer dans les films « patriotiques » pour ne pas « soutenir, disait-il, ce régime cynique ». Longtemps inexistante, la contestation s’élargit sans cesse dans les milieux intellectuels et artistiques de Russie et, comme l’écrit le journaliste Andreï Lochak sur un site culturel, « les gens ont commencé à se défendre les uns les autres et protester devient presque à la mode ». Le changement est tel que, cette semaine, l’édition russe de Newsweek, décrivait une « bulle de colère en train de gonfler » dans le pays et qui est particulièrement sensible sur Internet où elle s’exprime avec toujours plus de virulence, notamment contre la milice dont les exactions y sont dénoncées par des témoignages qui en suscitent d’autres dans un effet boule de neige. S’il fallait donner une seule explication à cette fin de l’apathie russe ce serait l’émergence de Dmitri Medvedev, le jeune et nouveau président que Vladimir Poutine a mis en place parce qu’il ne pouvait pas briguer un troisième mandat consécutif. En dénonçant la corruption et le non-respect de la loi, en se faisant le chantre de l’état de droit, ce juriste a levé le couvercle de la contestation car il en donne lui-même l’exemple mais, s’il le fait, c’est que la société russe évolue et que la génération qu’il incarne aspire à la démocratie. La Russie change, en profondeur, parce qu’il y a 25 ans cette semaine, Mikhaïl Gorbatchev l’avait remise en mouvement avec la Pérestroïka et que le désir d’ordre engendré par l’anarchie et les mafias des années Eltsine, cette sinistre décennie Poutine qui s’était ensuivie, n’ont pas empêché la société russe de se diversifier, la liberté d’y cheminer et de revenir maintenant à la surface.

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