Convoqué hier, le Parlement chypriote ne se réunira finalement que cet après-midi. Hier, les députés auraient presque certainement rejeté le plan d’aide accordé samedi à leur pays par l’eurozone tant les conditions en sont unanimement jugées inacceptables sur l’île mais aujourd’hui, on ne sait pas car, les heures passant et le coup de colère avec, le Parlement doit bien accepter de voir que c’est cela ou la faillite de l’Etat.

Le suspens est entier mais la certitude est que, si ce plan passe, il sera très largement financé par le plus improbable et le moins volontaire des bailleurs de fonds : la Russie. Si les députés acceptent, en échange de l’aide européenne, de taxer tous les dépôts bancaires de l’île, nationaux ou étrangers, à près de 7% jusqu’à 100 000 € et quasiment 10% au dessus de cette somme, ce pays de la zone euro qu’est Chypre sera, oui, sauvé du naufrage par les banques, les grandes entreprises et les plus grosses fortunes de la Fédération de Russie car leurs dépôts dans les banques chypriotes s’élèvent aujourd’hui à un grand minimum de 32 milliards d’euros voire près du double.

Le site de l’édition russe du magazine économique américain Forbes estime ainsi que les Russes ont perdu 3,5 milliards d’euros en une journée et il faut, pour le comprendre, remonter jusqu’aux tout dernières années de l’URSS. A l’époque, les fortunes russes qui commencent à se constituer à la faveur du début de l’économie de marché cherchent un refuge pour leur argent dont elles ne peuvent pas justifier l'origine et ne veulent pas voir imposer. Elles cherchent, en un mot, un paradis fiscal qui les mettrait à l’abri à la fois des contrôles russes et des Etats-Unis dont elles craignent des tentatives de chantage et Chypre, sa relative proximité, son soleil et ses grands besoins de liquidités, leur paraît bientôt la solution rêvée.

L’argent russe en quête de bienveillance et de blanchiment commence à y affluer. Chypre devient le premier pays occidental où des Russes reès bienvenus puissent se rendre sans visa et c’est ainsi que cette île, aujourd’hui membre de l’Union européenne et de la zone euro, s’était transformée en coffre-fort des plus grosses fortunes de Russie qui y coulaient, jusqu’à samedi, des jours heureux. Hélas pour elles, la crise grecque a rattrapée les banques chypriotes qui se sont tournées vers leur Etat qui s’est tourné vers l’Europe, vers une zone euro qui a posé ses conditions et voilà que, tel l’arroseur arrosé, l’argent russe pourrait se retrouver délesté de 10% de ses avoirs dans un paradis qui ne l’est plus.

Il y a une morale à cela, d’autant plus grande et, même, plaisante que, sur cette lancée, Chypre était devenu paradisiaque pour bien d’autres fortunes que les russes qui en appréciaient les 10% de taux d’imposition sur les sociétés, l’un des plus bas d’Europe. Non seulement ce taux devrait passer à 12,5% aux termes du plan de sauvetage européen, mais les dépôts des sociétés qui avaient installé leur siège sur l’île seront eux aussi ponctionnés de 10%.

Alors, oui, le plan européen va durement frapper les épargnants chypriotes mais ils l'auraient été de toute manière et les plus grands perdants en l’affaire, russes ou autres, ne sont pas précisément à plaindre.

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