Une solution diplomatique, estime Barack Obama, reste possible dans la crise ukrainienne. Il a raison de le dire. C’est une manière de le souhaiter et d’exprimer une disponibilité à l’ouverture de vraies discussions et à la recherche d’un compromis mais, sur le fond, est-ce bien exact ?

Une fois répété que rien n’est impossible et qu’il ne faut jamais dire jamais, rien n’est moins sûr. L’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie sera bientôt accomplie, vendredi sans doute. Les Occidentaux ne pourront ni ne voudront en prendre leur parti parce qu’elle constitue une violation patente du droit international que le référendum de dimanche et ses 97% de « oui » ne sauraient masquer. L’Union européenne va donc signer avec l’Ukraine, ce même vendredi, le volet politique de l’accord d’association économique qui les liera bientôt.

Tandis qu’une partie de ce pays, la Crimée, deviendra russe, ses autres régions s’arrimeront à l’Union et comme ni la Russie ni l’Union ne pourront beaucoup enrichir leurs Ukraine respectives, ce pays tout entier, en plein cœur du continent Europe, va s’enfoncer dans de graves difficultés économiques et sociales qui génèreront vite des troubles politiques, difficilement contrôlables et eux-mêmes porteurs de nouvelles tensions internationales.

La Raison aurait voulu que l’Union ne s’engageât pas dans un rapprochement avec l’Ukraine sans avoir préalablement donné des assurances à la Russie sur le fait que cela ne pourrait en aucun cas déboucher sur une entrée de ce pays dans l’Otan. La Raison aurait également voulu que la Russie voie que ce n’était pas du tout là l’intention des Européens qui ne souhaitaient pas même intégrer l’Ukraine à l’Union et pas même ouvrir des négociations en ce sens car elle n’est pas en état de procéder à un nouvel élargissement d’une telle ampleur.

La Russie, surtout, n’aurait pas dû faire monter les enchères aussi vite en créant une situation dans laquelle plus personne, pas plus elle que les Occidentaux, ne peut reculer et même l’esquisse d’ouverture qu’elle a opérée hier ne peut plus être d’une grande aide.

Hier, le ministère russe des Affaires étrangères a proposé la mise en place d’un « groupe de soutien » chargé d’une médiation entre Kiev et Moscou passant par une déclaration de neutralité de l’Ukraine et sa transformation en une fédération de ses différentes régions.

Avant l’annexion de la Crimée, il y a trois jours encore, cela aurait pu ouvrir d’excellentes pistes. C’eut été ce qu’il fallait faire mais, cette annexion étant désormais imminente, une fédéralisation pourrait évidemment ouvrir la voie à d’autres référendums semblables à celui de dimanche, à d’autres annexions, et l’Ukraine aurait bien peu de raisons aujourd’hui de proclamer sa neutralité, de renoncer à toute alliance et protection, après que la Russie l’a amputée d’une telle partie de son territoire. L’opération Crimée paraît désormais tout bloquer à moins, c’est à espérer, un bien fragile espoir, que des conversations secrètes ne permettent, tout de même, quelques progrès.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.