Un jeune Blanc a tué huit personnes, dont six Asiatiques, dans trois salons de massage d’Atlanta. La communauté asiatique américaine subit une recrudescence d’attaques depuis le début de la pandémie, alors que Donald Trump dénonçait le « virus chinois ».

L’un des trois salons de massage asiatiques d’Atlanta attaqués mardi soir par un tueur solitaire arrêté peu après. La communauté asiatique est la cible de nombreuses agressions depuis le début de la pandémie.
L’un des trois salons de massage asiatiques d’Atlanta attaqués mardi soir par un tueur solitaire arrêté peu après. La communauté asiatique est la cible de nombreuses agressions depuis le début de la pandémie. © AFP / Elijah Nouvelage / AFP

Depuis des mois, des millions d’Asiatiques vivant aux États-Unis redoutaient ce moment : un homme armé a attaqué mardi soir trois salons de massage asiatiques dans un faubourg d’Atlanta, la capitale de l’État de Géorgie, et abattu huit personnes. Parmi elles, six d’origine asiatique, et presque toutes des femmes.

L’agresseur, Robert Aaron Long, un jeune blanc de 21 ans, a très vite été interpelé par la police, et a nié avoir commis un acte raciste.

Mais pour de très nombreux Américains, cet acte criminel intervient dans un contexte où tous les clignotants s’allumaient, y compris le Président Joe Biden qui a déclaré « comprendre l’angoisse des Asiatiques-Américains ». Vendredi dernier, quatre jours avant la tuerie d’Atlanta, le « Washington Post » titrait son éditorial : « la montée des agressions contre les Asiatiques-Américains exige de l’attention et des réponses rapides ». La haine est allée plus vite.

Le dernier rapport, publié le jour de la tuerie, par le Centre contre la haine anti-asiatiques et originaires du Pacifique, fait état de 3800 incidents contre ces communautés depuis le début de la pandémie de Covid-19. Car, au-delà de la tuerie encore inexpliquée d’Atlanta, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Les données sont sans ambiguïtés : la montée de ce racisme coïncide avec la pandémie ; et les Asiatiques-Américains en rendent en partie responsable Donald Trump, avec son acharnement à décrire le Covid comme un « virus chinois », tout à son obsession de marquer des points dans sa rivalité avec Pékin. Ce faisant, il a pris le risque de transformer son hostilité envers le pouvoir chinois en rejet des Chinois, de tous les Chinois.

Ce n’est pas pour rien que l’Organisation mondiale de la Santé recommande de ne pas nommer une maladie d’après le pays où elle est apparue, pour éviter toute stigmatisation, comme s’il pouvait y avoir une responsabilité collective pour un virus. 

Donald Trump, en tant que Président, n’a cessé de souffler sur les braises du racisme, tout au long d’une année déjà marquée par la mort de George Floyd et le mouvement « Black Lives Matter », et l’exacerbation d’un nationalisme blanc qu’on verra à l’œuvre dans l’assaut du Capitole le 6 janvier.

Mais les États-Unis ne sont pas seuls dans ce cas, la montée des agressions verbales et parfois physiques envers les personnes d’origine asiatique est en hausse dans de nombreux pays, y compris en Europe.

En France l’an dernier, de jeunes chinois avaient lancé le hashtag « #jenesuispasunvirus » sur les réseaux sociaux pour répondre à une campagne de haine en ligne. Depuis des années, la forte communauté asiatique de France est sur la défensive, victime d’agressions due à des stéréotypes tenaces et d’un sentiment d’abandon des autorités.

Personne n’a hélas le monopole du racisme, on se souvient que l’an dernier, ce sont des Africains qui en ont aussi été victimes à Canton, lorsque le virus sévissait en Chine.

Les périodes d’épidémie sont propices à la recherche de bouc émissaires, de divisions, surtout en ces temps d’affirmation identitaire exacerbée. Raison de plus pour que l’exemple vienne d’en haut, au lieu d’attiser les haines comme l’a fait Trump tout au long de 2020. Les mots peuvent tuer, c’est une leçon universelle.

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