La phrase, d’abord, fait rire. Dans un pays aussi profondément américanophile que la Grande-Bretagne, l’arrivée de Georges Bush mobilise aujourd’hui 14 000 policiers, le maire de Londres va jusqu’à le qualifier de « plus grande menace sur cette planète », 53% des Britanniques sont favorables à des manifestations contre sa visite et, dans ce climat, Tony Blair déclare tranquillement que c’est le « bon moment de venir » pour le Président américain. Si l’on ne connaissait pas l’attachement du Premier ministre à ses bonnes relations avec les Etats-Unis, on croirait presque à de l’ironie. On entendrait presque qu’il veut dire par là que son hôte pourra ainsi mesurer ce qu’est sa popularité en Europe mais, non, Tony Blair est sérieux. Il y a même une certaine crânerie dans cette affirmation, un courage qui vaut admiration car, dans la tempête, il martèle ainsi ce qui est l’un de ses credo fondamentaux, la nécessité, l’obligation pour l’Europe de ne jamais se distancer des Etats-Unis. Rien ne l’en fait dévier, c’est sa conviction, car il considère, premièrement, que l’Amérique a bien assez de raisons de s’intéresser désormais plus à l’Asie, ou à la Russie, qu’à l’Europe pour ne pas l’y pousser en plus, que l’Europe ne peut pas se passer de son alliance transatlantique avant d’être capable de se défendre par elle-même et que la Grande-Bretagne, enfin, a tout à gagner à être, en même temps, le porte-parole de l’Europe en Amérique et de l’Amérique en Europe. Ce sont ces trois convictions qui guident la politique étrangère de Tony Blair et qu’explique la suite de sa déclaration d’hier : « Je vous dis simplement, développait-il devant le patronat britannique, que c’est le bon moment pour nous de rester fermement auprès des Américains dans la lutte contre le terrorisme (car) notre alliance avec les Etats-Unis et notre position en Europe nous confèrent, pour un pays de notre taille, une influence sans parallèle dans les affaires internationales » Bien. C’est une analyse. Elle se tient mais est-elle juste ? La réponse est que la prémisse l’est mais que les conclusions ne le sont pas. L’Europe a, c’est absolument vrai, a un grave problème de sécurité. Elle ne pourrait en effet pas se passer de son alliance militaire avec les Etats-Unis car, après s’être reposée, durant la Guerre froide, sur le parapluie américain et avoir réduit ses dépenses militaires au moment de l’effondrement soviétique, elle n’a pas aujourd’hui de capacités de Défense propre. Ne pas le voir, l’ignorer, serait simplement suicidaire mais le fait est, en même temps, qu’on se construit en s’opposant, que les électeurs européens n’accepteront pas dépenser plus pour leurs armées tant qu’ils n’en verront pas la nécessité et, surtout, qu’on ne s’attache pas des alliés en les encourageant dans leurs errements. Au rythme où va l’évolution de la presse et de l’opinion américaine sur la crise irakienne, Tony Blair sera bientôt le dernier défenseur de Georges Bush, décrédibilisé, même à Washington, par les erreurs et le discrédit de ce Président. Pour se faire entendre, pour rester un allié indispensable, la première condition est d’exister, fût-ce, d’abord, par le verbe.

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