Il n’y a pas qu’en Europe que les gauches et les droites se scindent. Il y a dix jours, les Travaillistes israéliens avaient à se choisir un nouveau chef de file. Le vainqueur semblait connu d’avance. Personne n’imaginait que Shimon Peres, grande et vénérable figure de la politique israélienne puisse être battu par un homme qui pourrait être son fils, Amir Peretz, patron des syndicats et ancien militant de La paix maintenant, le mouvement pacifiste le plus radical du pays, mais le jeune turc a bel et bien battu le vieux sage. Il a gagné sur un programme de rupture – avec les politiques de libéralisation économique, d’abord, avec la politique palestinienne d’Ariel Sharon ensuite et de rupture, enfin, de la coalition gouvernementale gauche-droite que Shimon Pérès avait formée, il y a un an, avec Ariel Sharon afin d’apporter le soutien travailliste à l’évacuation de Gaza. C’était le premier coup de tonnerre, un virage à gauche, économique et diplomatique, des Travaillistes mais le deuxième a rapidement suivi quand il est apparu qu’Amir Péretz voulait non seulement sortir du gouvernement de coalition mais provoquer aussi des élections anticipées. Ariel Sharon a commencé par ne pas y croire, par tabler sur la vieille garde travailliste pour mettre au pas ce syndicaliste, petit, trapu, moustachu, battant, mais Peretz a vite fait comprendre qu’il ne se payait pas de mots et, hier matin, Ariel Sharon et lui annonçaient la tenue de ces élections anticipées. A deux mois des législatives palestiniennes, dans un Proche-Orient bouleversé par la guerre d’Irak, le retrait de Gaza et la crise syro-libanaise, cela faisait déjà beaucoup, une nouvelle donne, inattendue et très incertaine mais ce n’est pas tout. Un troisième coup de tonnerre a aussitôt retenti lorsque Ariel Sharon a fait comprendre qu’il hésitait à conduire à la bataille son propre parti, le Likoud, qu’il pourrait le quitter et faire campagne sous les couleurs d’un nouveau parti centriste qu’il envisageait de former. Publiquement au moins, sa décision n’est pas encore prise. Le Premier ministre, disent ses proches, hésitent encore mais, outre qu’il a refusé, pour l’instant, de dire aux cadres du Likoud ce qu’il comptait faire, il a des raisons de s’interroger. Depuis le retrait de Gaza, son aile droite ne cesse de lui faire la guerre. Le Likoud est d’ores et déjà cassé et même si Ariel Sharon menait son parti à la victoire, ce qui serait probable, il se retrouverait prisonnier de sa propre droite à laquelle il ne pourrait plus opposer les voix travaillistes. D’où cette tentation d’un nouveau parti mais, même si tel était son choix il aurait alors à compter avec cette nouvelle direction travailliste qui plaide pour l’ouverture de négociations avec les Palestiniens sur un nouveau retrait, de Cisjordanie cette foi-ci, autrement dit de la totalité des Territoires occupés. Le paysage politique vient de changer du tout au tout en Israël et, dans cette bataille, Amir Péretz a deux atouts de taille. Il est issu d’une famille d’immigrants marocains, de ce milieu défavorisé qui avait fait le succès du Likoud, et plaide pour une restauration de l’Etat-Providence à laquelle aspirent les plus pauvres, les électeurs de droite.

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