C’est un murmure, rien qu’un murmure mais de plus en plus audible. Depuis deux, trois semaines déjà, on entendait des proches de Gordon Brown dire que, oui, la crise financière et la récession qui s’ensuit pourraient peut-être, sans doute, l’amener à revenir, un jour, sur sa constante opposition à l’adoption de l’euro par la Grande-Bretagne, que les choses pourraient finir par bouger à Londres – bref, que le Premier ministre britannique commençait à se poser des questions sur les avantages de la monnaie unique. Ces questions, de plus en plus de banquiers de la City se les posent et, signe des temps, le Financial Times vient de publier, hier, en tête de ses pages éditoriales, un article titré : « Pourquoi les Britanniques pourraient décider d’aimer l’euro ». Ce n’était pas un éditorial engageant le FT, rien qu’une opinion d’un chroniqueur régulier, mais elle est d’autant plus frappante que son signataire rappelle, d’emblée, qu’il n’a jamais été un « grand avocat » du passage de la Livre à l’euro. « Durant la première décennie de la monnaie unique, dit Wolfgang Münchau, les Britanniques ont eu raison de s’en tenir à l’écart » mais il y a « quatre facteurs, ajoute-t-il aussitôt, qui font plus que contrebalancer, aujourd’hui, les avantages de l’indépendance monétaire ». Le premier, écrit-il, est que les pays dont les devises ne sont ni le dollar ni l’euro, aucune des deux grandes monnaies de réserve, auront maintenant à consentir des taux plus élevés pour leurs emprunts, que le Royaume-Uni ne fera pas exception à cette règle et qu’il n’est donc pas de son intérêt économique à long terme de conserver la Livre. La deuxième raison avancée par le chroniqueur du Financial Times est que la « revanche régulatrice » – cette fin, veut-il dire, de l’ère libérale que l’on sent partout poindre – pourrait faire perdre à la City beaucoup des attraits qu’elle avait eu, jusqu’ici, par rapport à Paris ou Francfort. « Le Royaume-Uni, estime-t-il avec un art consommé de l’understatement, aura à choisir, un jour, entre son entrée dans la zone euro et la recherche d’une utilisation alternative de ces bâtiments plutôt hauts du cœur londonien ». Encore plus intéressante et, disons-le, pertinente, sa troisième raison est qu’il « y aura de plus en plus, à l’avenir, de gouvernance économique dans la cadre de la zone euro », que cette idée, défendue par les Français, progresse en Allemagne et rencontre « de plus en plus d’acceptation », qu’il y aura « de plus en plus de sommets de l’eurozone », de photos de groupe sans Gordon Brown, et que la Grande-Bretagne, sous-entend-il ainsi, ne pourra pas rester étranger à ce nouveau centre de décision. Quant à sa quatrième raison, indiscutable, elle est que l’euro offre plus de protection contre les attaques spéculatives que la Livre qui pourrait bientôt sentir souffler les vents de la tourmente. Conclusion de l’éditorialiste : l’Islande non plus ne voulait pas de l’euro mais « quand les Islandais ont découvert le prix de l’indépendance monétaire, ils ont vite changé d’avis et je ne vois pourquoi les Britanniques devraient réagir autrement ». C’est, en effet, une bonne question.

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