Entre Israël et les Etats-Unis, les relations se détériorent comme jamais. Au cours d’entretiens à Londres avec l’émissaire américain pour le Proche-Orient, des responsables israéliens l’avaient informé qu’un feu vert allait être donné à la construction de 900 nouveaux logements à Jérusalem-est. Georges Mitchell leur avait alors fait part de la « préoccupation » des Etats-Unis qui,bien sûr ne pouvaient pas accepter cette décision alors qu’ils réclament, depuis le printemps, l’arrêt de toute colonisation des Territoires occupés. Hier, cette autorisation n’en a pas moins été rendue publique par Israël qui a ignoré la mise en garde américaine et les réactions de la Maison-Blanche sont extrêmement vives. « Nous sommes consternés », a déclaré son porte-parole, en ajoutant que de « de tels agissements rendaient plus difficiles » les efforts américains de relance des négociations et en rappelant, surtout, que « le statut de Jérusalem relevait de la question du statut permanent qui doit être résolue à travers les négociations entre les parties ». Les Etats-Unis viennent, autrement dit, de réitérer qu’ils ne reconnaissaient pas l’annexion de Jérusalem-est que les Israéliens considèrent, eux, comme partie intégrante de la ville dont ils ont fait leur capitale. A travers cette affaire des 900 logements, Israël et les Etats-Unis étalent leurs divergences sur ce point fondamental et éminemment explosif. Israël a bravé l’Amérique qui ne laisse pas passer l’affront. Israël croit pouvoir tenir tête à l’Amérique mais se perd, en réalité, dans une logique interne qui l’aveugle. Vu d’Israël, la situation est que l’évacuation de Gaza n’a pas conduit à une avancée de la paix mais, bien au contraire, à la prise de contrôle de cette bande côtière par les islamistes du Hamas qui en avaient fait une plateforme de tirs contre des agglomérations israéliennes jusqu’à ce que la guerre de Gaza, il y a bientôt un an, mette terme à ces bombardements. Pour les Israéliens, la preuve est faite. Il n’y a plus, à l’horizon, d’espoir de règlement négocié. C’est pour cela que le camp de la paix s’est désintégré, que la gauche ne cesse plus de dégringoler dans les sondages et que l’actuel gouvernement, dominé par la droite, est largement approuvé par l’opinion. Non seulement Israël ne veut donc pas entendre parler d’un retrait de Cisjordanie qui ne ferait, à ses yeux, que mettre Tel Aviv à portée d’obus mais il est convaincu que les pressions américaines cesseront vite, aussitôt que Barack Obama devra conclure à l’impossibilité d’un compromis avec l’Iran et se rapprocher d’Israël. C’est ce que croit Israël mais il sous-estime, là, totalement, la dégradation de son image internationale depuis l’offensive contre Gaza ; le fait que les Etats-Unis et l’Europe le tiennent désormais, et non sans raisons, pour autant responsable que les Palestiniens de l’échec du processus de paix et la volonté, enfin, de Washington de se rapprocher du monde arabe pour faire face au défi iranien. L’Amérique veut tourner la page de ce conflit. Elle le voudra de plus en plus et Israël est en train de gravement ignorer l’ampleur de ces changements.

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