Jusqu’il y a peu de mois encore, les relations franco-turques étaient au plus bas. Les deux pays continuaient, bien sûr, de se parler mais les Turcs pardonnaient d’autant moins à Nicolas Sarkozy d’avoir fait du refus de l’entrée de leur pays dans l’Union européenne un thème de sa campagne de 2007 et de s’y être vigoureusement opposé sitôt élu, qu’ils sont historiquement francophiles et que beaucoup de leurs cadres dirigeants sont issus des écoles françaises de Turquie et parfaitement francophones.

Rien n’est plus amer qu’un amour déçu, rien n’est plus difficile à admettre qu’une humiliation nationale mais, hier, Alain Juppé est arrivé à Ankara pour une visite de deux jours au cours de laquelle toutes les marques d’attention lui seront prodiguées. Le ministre français des Affaires étrangères sera non seulement reçu, à deux reprises, par le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, mais il le sera aussi par le Premier ministre et le chef de l’Etat.

Entre Paris et Ankara, c’est l’embellie et la Syrie en est la cause car, dans cette crise, les deux pays ont des positions très semblables. L’un et l’autre disent de ne plus avoir aucune confiance dans la volonté du régime syrien de répondre aux aspirations de son peuple. L’un et l’autre souhaitent que la page se tourne sur ce régime, ont pris des sanctions contre lui, appellent les Nations-Unies à en prendre et ont fait de la fin de cette dictature et de la poursuite de la démocratisation du monde arabe un objectif premier de leur diplomatie.

En plein boom économique et regardée, dans les pays arabes, comme un modèle de synthèse réussie entre islam, démocratie et modernité, la Turquie ambitionne de développer des relations privilégiées et durables avec ces pays en se rangeant aux côtés de ceux qui s’y battent pour le changement et dont elle ne doute pas qu’ils finiront par l’emporter. Partageant la même analyse, considérant, elle aussi, que le printemps arabe marque un tournant irréversible, la France entend le soutenir sur la scène internationale parce qu’elle y voit une occasion inespérée de jeter les bases de ce partenariat euro-méditerranéen dont elle a toujours ambitionné d’être l’architecte pour affirmer son influence économique, politique et culturelle.

Dans cette partie, la France et la Turquie jouent audacieusement et gros. Elles n’y sont pas rivales mais complémentaires. Il est donc logique que la Syrie les rapproche toujours plus, toujours plus vite, mais jusqu’où ?

Sur la question syrienne et, plus généralement, arabe, elles devraient parvenir à une coordination de leurs actions, voire à un axe franco-turc, mais cette embellie pourrait arrondir aussi les angles sur la question européenne car, au moment où les relations se réchauffent entre Paris et Ankara, le paysage européen se modifie profondément. Français et Allemands vont chercher à affirmer un noyau dur en fédérant la zone euro et créant une union resserrée au sein de l’Union. L’adhésion de la Turquie devrait, dès lors, paraître moins problématique à ceux qui craignaient qu’elle ne pèse trop lourd dans une Europe trop étendue. Nicolas Sarkozy le laisse entendre et il serait étonnant qu’Alain Juppé ne relaie pas, à Ankara, cette évolution de la position française.

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