Les candidats de la droite et du centre ont eu bien du mal hier soir, à parler d'Europe.

« Non ! Vous en avez déjà parlé ». « Bon… D’accord, mais vite alors ! ». « Allez ! Les questions de société, maintenant ». Face à des interviewers qui ne souhaitaient visiblement pas s’attarder sur elle, les candidats aux primaires de la droite et du centre avaient bien du mal, hier, à parler d’Europe lors de leur troisième et dernier débat mais comme on aurait voulu qu’ils coupent court à ces admonestations en rétorquant qu’il n’y a rien de plus important aujourd’hui et imposent ce sujet, fût-ce contre tous les autres.

Car enfin, l’unité européenne se défait. La Grande-Bretagne s’en va, même si elle ne sait ni comment ni jusqu’où. La Bulgarie vient d’opter pour un dirigeant beaucoup plus proche du Kremlin que de ses partenaires européens. La Pologne et la Hongrie foulent aux pieds l’état de droit et la liberté de la presse, deux principes fondateurs de l’Union, et tout cela n’est rien à côté du désamour toujours croissant des Européens pour l’Europe.

L’entreprise d’unification européenne traverse une crise sans précédent et ce n’était hier qu’un sujet à vite évacuer alors que…

A tort ou raison, les deux en fait, les peuples se méfient toujours plus du libre-échange et souhaitent des accords commerciaux plus protecteurs, voire une restauration de barrières douanières. C’est un fait. C’est une incontournable réalité mais personne ne pourrait sérieusement soutenir qu’un seul des pays européens, pas même la France ou l’Allemagne, pas même les deux plus puissants d’entre eux, pourrait imposer à lui seul de nouvelles règles face à des géants tels que la Chine ou les Etats-Unis. Simple question de rapports de force, les pays européens ne peuvent peser qu’unis, en bloc, dans la redéfinition du commerce international mais a-t-on pu l’entendre clairement dire hier ?

La réponse est non.

Les Etats-Unis, deuxième exemple, viennent d’élire un président qui ne croit pas au réchauffement climatique et proclame sa volonté de sortir des accords visant à le combattre. Qu’il le fasse ou non, on ne sait pas encore. On verra, mais la certitude est que la protection de la planète ne sera pas sa priorité et que l’instauration d’une TVA carbone par la France ou de mesures semblables par l’Allemagne ne pourrait pas répondre à ce défi. Seule une Europe parlant d’une seule voix le pourrait mais a-t-on pu l’entendre clairement dire hier ? La réponse est non.

Le futur président des Etats-Unis, troisième exemple, ne veut plus et cela peut, d’ailleurs, se comprendre, que les contribuables américains financent l’essentiel des dépenses militaires de l’Alliance atlantique. Qu’il passe maintenant ou non à l’acte, on ne sait pas. On verra, mais il est clair que le système de Défense atlantique est en train de s’éroder et que ni la France ni l’Allemagne, même ensemble, ne pourraient s’y substituer à elles seules. Seule une Défense européenne commune pourrait aujourd’hui assurer la protection de l’Europe mais a-t-on pu l’entendre solennellement, clairement, unanimement dire hier ? La réponse est toujours non et sans doute ne faut-il pas chercher ailleurs que dans de tels non-débats les raisons du discrédit de la politique.

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