Une hausse brutale des prix du carburant a provoqué trois jours de manifestations violentes dans toutes les grandes villes iraniennes. Le "Guide" Ali Khamenei a dénoncé les « ennemis de l’Iran ».

Bus incendié par les manifestants protestant contre la hausse des prix du carburant, ce weekend, dans la ville d’Ispahan.
Bus incendié par les manifestants protestant contre la hausse des prix du carburant, ce weekend, dans la ville d’Ispahan. © AFP / AFP

L’Iran a rejoint la longue liste des pays qui connaissent des révoltes dont le détonateur est d’abord social ; dans le cas de l’Iran, c’est la hausse du carburant, qui était historiquement bas dans ce pays producteur de pétrole, et qui a subi vendredi une hausse de 50% d’un seul coup.

Depuis, les Iraniens sont descendus en grands nombres dans les rues d’une dizaine de villes, un policier a été tué et de nombreux manifestants blessés et arrêtés, internet a été coupé. Et, baromètre ultime en Iran, le bazar de Téhéran a fermé et la présence policière y était massive.

Mais un soulèvement populaire en Iran n’est jamais QUE social, étant donnée la nature du régime et le contexte géopolitique. Signe de la gravité, le Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, a pris la parole hier pour défendre la décision d’augmenter les prix du carburant, mais aussi pour accuser les « contre-révolutionnaires » et les « ennemis de l’Iran » d’être derrière les manifestations. Ce faisant, il a mis son autorité dans la balance, dans l’espoir que ça suffira à calmer la situation.

Le pouvoir iranien a le sentiment d’être en état de siège, et ce « front » intérieur qui s’allume s’ajoute à une longue liste de menaces. La plus sérieuse, ce sont évidemment ces sanctions économiques américaines qui ne sont pas pour rien dans la décision d’augmenter les prix du carburant. L’économie iranienne est asphyxiée, et sa population en subit très concrètement les effets dans la vie quotidienne.

Mais ce n’est pas tout. Depuis des semaines, les soulèvements populaires en Irak et au Liban ont pris une tournure qui inquiète Téhéran. En Irak, où la répression a déjà fait plus de 300 morts, les manifestants s’en prennent aux symboles de l’influence iranienne, à commencer par les portraits des Ayatollahs. L’Iran avait bâti une influence considérable par l’intermédiaire de milices chiites, aussi puissantes que l’armée irakienne, mais c’en est trop pour la population, y compris de confession chiite.

Au Liban, l’allié de l’Iran, le Hezbollah, est lui aussi sur la défensive, face à des manifestations qui veulent en finir avec un système politique confessionnel, dont, paradoxalement, le groupe politico-militaire chiite est le principal défenseur.

Le bras de fer engagé avec les États-Unis a eu pour conséquence, jusqu’ici, de renforcer l’aile dure du régime iranien, autour des Gardiens de la révolution. Ce durcissement se ressent dans l’escalade de Téhéran pour relancer son programme nucléaire, répondant ainsi aux sanctions américaines.

Isolé diplomatiquement par cette violation pas à pas de l’accord de 2015, contesté dans les pays de ce qu’on a surnommé l’« arc chiite » du Moyen Orient, le pouvoir iranien est donc confronté à une vague de contestation sociale dont il sait bien qu’elle est légitime dans le contexte de marasme économique. 

Mais en dénonçant des ennemis de la révolution, l’ayatollah Khamenei prend le risque de voir les manifestations se prolonger et devenir, réellement, une mise en cause de la révolution islamique.

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