Selon le « New York Times », Trump a demandé à ses conseillers, qui l’en ont dissuadé, s’il pouvait bombarder une installation nucléaire iranienne. Ainsi, il aurait empêché son successeur de renouer le dialogue avec Téhéran.

Fresque murale anti-américaine sur les murs de l’ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran : avec Trump ou Biden, la méfiance reste de rigueur contre le « Grand Satan » américain.
Fresque murale anti-américaine sur les murs de l’ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran : avec Trump ou Biden, la méfiance reste de rigueur contre le « Grand Satan » américain. © AFP / Morteza Nikoubazl / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Jeudi dernier, cinq jours après l’annonce de sa défaite électorale, Donald Trump a réuni les principaux membres de son administration, et leur a demandé s’il pouvait bombarder un site nucléaire en Iran ! Les participants, parmi lesquels le chef d’état-major de l’armée américaine, auraient mis en garde le Président sur le risque de démarrer un conflit beaucoup plus vaste à quelques semaines de la fin de son mandat.

Cet épisode, révélé par le « New York Times », en dit beaucoup sur l’état d’esprit de Donald Trump dans cette période particulière : d’un côté il s’acharne à nier sa défaite ; de l’autre, il s’efforce de créer des situations irréversibles pendant les deux mois qui lui restent à la Maison Blanche. 

Bombarder l’Iran rendrait plus difficile l’intention de Joe Biden de relancer, sous une forme ou sous une autre, la négociation sur le nucléaire qui avait été le grand succès de Barack Obama. De même, il va réduire dans les prochaines semaines la présence militaire américaine en Afghanistan et en Irak, là encore créant des conditions nouvelles qui s’imposeront à son successeur.

Le Président-élu s’inscrit dans la logique de l’accord international de 2015, qui prévoyait un donnant-donnant : l’Iran abandonnait son programme nucléaire, et en échange sortait de son isolement, en particulier économique. Ca a marché jusqu’à l’arrivée de Trump, qui a détricoté ce que son prédécesseur avait édifié.

Le problème de Joe Biden, c’est que le monde, le Moyen Orient, et l’Iran ont changé depuis trois ans. Il ne pourra pas, comme il va le faire pour l’Accord de Paris sur le climat, reprendre tout simplement la place de l’Amérique.

D’abord parce que l’Iran lui-même, en représailles contre les sanctions américaines, a relancé son programme nucléaire et se trouve aujourd’hui en infraction. Ensuite, parce que le rapport de force à Téhéran ne joue plus en faveur du clan « modéré » autour du Président Hassan Rohani : les durs du régime ont repris le dessus et ne sont pas disposés à renouer avec le « Grand Satan » américain. Ils avancent ainsi une demande de compensation pour l’impact des sanctions ; difficile d’imaginer Biden accepter.

Enfin, parce que la région a aussi changé, avec de nouvelles alliances, notamment entre Israël et des puissances comme les Émirats arabes unis, très remontées contre Téhéran.

Joe Biden peut-il quand même renouer ce dialogue ? Il lui faudra en parler avec les Européens, autres signataires de l’accord de 2015, et qui ont maintenu en vie le dialogue avec Téhéran. Mais il ne sera pas facile de recréer la confiance, d’autant que les Occidentaux veulent mettre sur la table les capacités balistiques et l’action régionale de Téhéran.

L’Iran a un besoin vital de desserrer l’étau, d’exporter librement son pétrole, de soulager sa population épuisée par les sanctions et le covid. Mais si le prix à payer est trop élevé, le régime dira « non », préférant son splendide isolement à ce qui serait perçu comme de la faiblesse.

Le dossier iranien ne se débloquera donc pas du jour au lendemain. Mais au moins Joe Biden pourrait ne pas commencer son mandat avec une nouvelle guerre sur les bras, laissée en héritage par Donald Trump. Ca serait déjà ça !

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