Ca bouge. Rien n’est fait mais il est de plus en plus possible qu’Américains et Français et, partant, l’ensemble du Conseil de sécurité parviennent à un compromis sur l’Irak. Ce pourrait être fait d’ici lundi, plus tôt peut-être. Le Conseil pourrait alors aussitôt adopter une résolution sur la reprise des inspections et la France, dans cette hypothèse, aurait remporté une victoire politique propre à rehausser sa stature internationale, son prestige et son influence. C’est en effet sur une question de principes que s’affrontaient Américains et Français. D’un côté, Georges Bush voulait que le Conseil adopte une résolution, une seule, qui aurait non seulement fixé des conditions extrêmement dures à la reprise des inspections mais également impliqué que toute tergiversation de Saddam Hussein autoriserait, automatiquement, une action militaire contre lui. Avec un tel texte, l’Onu aurait, de fait, donné un blanc-seing aux Etats-Unis pour une intervention armée qu’ils auraient pu décider seuls, en s’autorisant de l’Onu mais à la date et aux motifs qu’ils auraient seuls jugés bons. Si les Etats-Unis étaient parvenus à leur fin, l’Onu n’aurait plus été que leur instrument, une chambre d’enregistrement, de légalisation de la politique américaine, et non plus un forum des nations, le lieu de leur concertation et de leur co-décision. C’est ce que la France ne voulait pas. Elle prônait donc une démarche en deux temps - d’abord une résolution sur la reprise des inspections, d’abord une chance pour la paix, puis, au cas ou l’Irak ne jouerait pas le jeu, une nouvelle réunion du Conseil qui aurait alors collégialement jugé de l’attitude à adopter, guerre ou pas guerre, ultimatum ou action immédiate. Seule, au départ, à opposer aux Etats-Unis une contre-proposition claire, la France a tenu bon, rallié la Chine et la Russie à ses positions, gagné des appuis ou de sympathies de plus en plus nombreux, y compris à Washington, si nombreux bientôt que les Etats-Unis se sont trouvés isolés. C’était l’impasse et, très paradoxalement, c’est le Congrès américain qui a contribué à débloquer la situation en autorisant Georges Bush à faire usage de la force contre l’Irak s’il le jugeait « approprié ». Forte de cette autorisation, du fait qu’elle est désormais libre de décider d’une action militaire, qu’elle n’a plus rien à concéder sur le fond, la Maison-Blanche a fait circuler, hier, un nouveau projet, nettement plus souple. Les Etats-Unis sont maintenant prêts à accepter le deux temps français pourvu que la résolution du Conseil de sécurité ne leur lie pas les mains et qu’ils aient, au contraire, l’assurance que le Conseil ne s’opposerait pas à une intervention américaine, ne jouerait pas la montre au cas où Saddam, lui, la jouerait. C’est acceptable pour la France qui, à priori, n’exclurait pas même d’appuyer un usage de la force si Saddam le rendait nécessaire. Reste à trouver les formulations. Le diable est dans les détails mais ça bouge – dans le bon sens et grâce à la France.

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