Aux Etats-Unis, c’est une tradition. A chaque élection - d’un maire, d’un gouverneur, d’un sénateur ou d’un représentant, a fortiori du Président - tous les journaux américains s’engagent, arguments à l’appui, en faveur d’un candidat ou de l’autre. Il était donc prévisible que le New York Times, quotidien de la métropole intellectuelle des Etats-Unis et traditionnellement plus proche des Démocrates que des Républicains, déclare son soutien à John Kerry mais le coup de tonnerre est la virulence des termes dans lesquels il l’a fait. Non seulement le plus prestigieux des journaux américains n’a trouvé, dans ce réquisitoire, aucun mérite à Georges Bush, pas la moindre décision à mettre à son actif, mais il qualifie, d’emblée, sa présidence de « désastreuse ». Premier grief : « Après que la Cour suprême lui eut accordé la Présidence, écrit le New York Times dans un clair rappel du doute pesant sur l’élection de Georges Bush, on s’attendait à ce qu’il tienne compte de son absence de mandat et gouverne au centre. Au lieu de cela, il a remis l’Etat à l’extrême-droite », poursuit le quotidien en énumérant la nomination de magistrats idéologues et celle d’un ministre de la Justice qui n’a que « mépris » pour les libertés civiles, la permanente bataille de la Maison-Blanche contre le droit à l’avortement, la « fixation » du président, alors même que le pays entrait en récession, contre l’imposition des plus riches et « l’affaiblissement systématique » de programmes de défense de l’environnement sous l’influence des « lobbies industriels ». « Ce Président qui avait perdu le vote populaire a reçu un vrai mandat le 11 septembre, poursuit le Times mais, deuxième grief, « alors que M. Bush avait une occasion sans précédent d’appeler à tout sacrifice partagé, que la seule limite était son imagination, il a appelé à une réduction d’impôts supplémentaire et à la guerre contre l’Irak ». On ne saurait plus élégamment qualifier un Président en exercice d’âne obsessionnel et les expressions qui suivent sont à la hauteur de cet understatement : « ineptie de la gestion », « obsession nixonienne du secret », « contournement des traités internationaux » sur les prisonniers de guerre, « choc du monde devant le comportement de la nation supposée fixer la norme internationale des Droits de l’homme », « radioactivité de cette administration dans le monde musulman », ou encore « présentations déformées devant le peuple américain et mauvaise gestion de la guerre qui s’est ensuivie et dont aucun haut responsable de la Maison-Blanche n’a eu à rendre compte ». « Nous avons eu droit aux pires aspects de la droite américaine sans aucun de ses avantage, au radicalisme sans la bonne gestion », résume le New York Times alors que le candidat démocrate, estime-t-il, s’est avéré « plus qu’une simple alternative, qu’il a consacré toute sa vie au bien public et qu’il peut faire bien, bien mieux que Georges Bush ». « Pour ce qu’il a fait dans le passé, pour ses priorités et sa personnalité, conclue cet éditorial, c’est avec enthousiasme que nous soutenons John Kerry ». Les électeurs trancheront le 2 novembre.

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