Raz-de-marée, le tsunami avait frappé des régions côtières aisément accessibles par la mer. Le tremblement de terre d’Asie du Sud-Est a, lui, dévasté, une région montagneuse, celle des plus hauts sommets du monde. Dès l’approche de l’hiver, en ce moment même, dix jours après le séisme, les températures y dégringolent brutalement et les fonctionnaires de l’Onu mobilisés par ce désastre ne cachent plus leur pessimisme. En plus des villes, quelques 15 000 villages ont été touchés, disséminés sur les hauteurs ou au fond de vallées reculées. La plupart des routes ont été gravement endommagées quand elles ne sont pas totalement bloquées par des glissements de terrain. A dos de mules, voire à pieds, des secours sont acheminés mais cela reste, bien sûr, dérisoire et les hélicoptères, le seul moyen de transport adapté à la situation, sont dépendants du temps. Ils avaient repris leurs vols hier mais, tout le week-end dernier, ils avaient été cloués au sol par une tempête. Pire, le Pakistan n’accepte les appareils que l’Inde lui propose qu’à la condition qu’ils ne soient pas pilotés par leurs équipages indiens – ce que l’Inde, naturellement, refuse. Malgré la détente que cette tragédie a confirmée entre les deux ennemis historiques qui se partagent et se disputent le Cachemire, un conflit d’un demi-siècle diminue encore les possibilités de secours et la situation est dramatiquement claire. Chaque heure qui passe augmente le nombre des victimes non pas tant parce que le bilan du séisme, 54 000 morts d’après les derniers comptages, est constamment revu à la hausse mais parce que tout menace les survivants. Infections et gangrènes menacent les 70 000 blessés qui ne sont traités qu’en petit nombre. Vingt pour cent des sites les plus touchés restent coupés du monde. Les pluies du week-end n’ont pas seulement interrompu les secours mais aussi trempé jusqu’à l’os des populations déjà très affaiblis par les traumatismes, la fatigue et le manque de nourriture. Le froid surtout, un froid polaire, s’abat sur tous ceux qui ont perdu leur maison, au bas mot deux millions de sans-abri, trois disent les estimations les plus sombres. C’est une décimation programmée qui s’annonce, une effroyable apocalypse face à laquelle seuls 6 des 300 millions de dollars demandés par l’Onu ont été mis à sa disposition tandis que les dons privés ne sont pas encore opérationnels. Largement promis, l’argent manque et un responsable de l’Onu déclarait hier à la BBC que les besoins en tentes dépassent en tout état de cause les disponibilités mondiales. Ce n’est pas que le monde ne fasse rien. Ce n’est pas seulement que les pinaillages pakistanais devant les propositions d’aide indiennes soient odieux. Si insuffisante soit-elle, la solidarité internationale atteint au contraire des niveaux inimaginables il y a quelques années encore mais, face à de tels besoins et de telles difficultés logistiques, on mesure à quel point la création d’un Samu international, d’une coordination des moyens dont l’Europe devrait enfin donner l’exemple, est une absolue nécessité – une question de vie ou de mort.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.