Le problème n’est que trop évident. D’un côté les Occidentaux, Etats-Unis et Union européenne, ont besoin de pouvoir compter sur la Russie dans toutes les grandes crises internationales, Iran et Corée du Nord et tête, tandis que l’Europe, plus encore que l’Amérique, a besoin du gaz et du pétrole russes. De l’autre, l’autoritarisme et la brutalité de Vladimir Poutine, son comportement vis-à-vis des anciennes Républiques soviétiques comme son dédain des libertés et des droits de l’Homme, choquent et, surtout, inquiètent Européens et Américains. Alors ? Comment marquer des limites à la Russie, ne pas lui donner le sentiment qu’elle puisse impunément faire n’importe quoi, et conserver, en même temps, son appui ? En admettant qu’il y en ait une, ni l’Europe ni l’Amérique n’ont encore trouvé la bonne réponse mais l’une et l’autre cherchent et bougent. L’Union européenne, d’abord, a haussé le ton, hier, contre le Kremlin. Réunis à Luxembourg, ses ministres des Affaires étrangères ont demandé à la Russie de cesser de « cibler les Géorgiens » vivant sur son territoire - de mettre, autrement dit, terme aux expulsions et à la chasse à l’homme dont ils sont l’objet - et exprimé la « sérieuse préoccupation » de l’Europe devant le blocus économique de la Géorgie par la Fédération de Russie. Ce n’était pas la « grave inquiétude » mentionnée dans le projet de déclaration qui a donc été adouci mais, à trois jours d’un dîner, en Finlande, entre les dirigeants européens et Vladimir Poutine, cette « sérieuse préoccupation » marque une claire réprobation. Les 25 ont, qui plus est, décidé qu’ils interrogeraient, au cours de ce dîner de vendredi, le Président russe sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, la journaliste tuée la semaine dernière à Moscou. Gaz ou pas, l’Union, le voisin de la Russie, copropriétaire avec elle du continent Europe, s’est résolue à la fermeté. Pour ce qui est des Etats-Unis, c’est le mouvement inverse. Eux dont la politique était jusqu’à présent d’étendre l’Otan jusqu’aux frontières russes en y incluant le plus grand nombre possibles des anciennes Républiques soviétiques et, notamment, la Géorgie, mettent maintenant de l’eau dans leur vin. Ils n’ont pas renoncé à cette ambition, officiellement pas en tout cas, mais on en entendu, hier, à Moscou, un haut responsable de l’Otan, le général canadien Raymond Henaut, estimer que la Géorgie devait résoudre ses problèmes avec son grand voisin avant de rejoindre l’Alliance atlantique. Cela n’aurait pas été dit sans l’accord de Washington et cela fait suite à d’autres indications de la même tonalité. Tout se passe comme si la Maison-Blanche voulait faire comprendre que sa priorité n’était plus d’aller chasser en terre d’influence russe et sans doute est-ce dans ce double mouvement euro-américain qu’est la bonne attitude pour l’Occident. Autant il faut cesser d’aller défier la Russie dans son aire historique comme l’Amérique l’a tant fait autant il faut parler vrai à Poutine, comme l’Europe commence à le faire.

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