C’était un beau geste. En recevant, mardi, le Dalaï-lama à la Maison-Blanche puis en l’accompagnant, hier, au Congrès qui lui remettait sa médaille d’or, le Président des Etats-Unis a tout à la fois montré sa solidarité avec une nation de deux millions personnes, le Tibet, opprimée par un pays d’un milliard deux cent millions d’habitants, su braver la colère de la Chine et honoré un homme d’une rare dignité qui a constamment prêché la non-violence et la raison dans son combat pour la défense de son peuple. Le sort des Tibétains est l’une des choses les plus affreuses qui soient. Annexés par la force des armes en 1951 et férocement réprimés, en 1959, lorsqu’ils ont tenté de s’insurger, ils sont aujourd’hui victimes d’une politique délibérée de peuplement chinois qui ne vise à rien d’autre qu'à faire d’eux des étrangers sur leur terre, une minorité en perdition. Ce peuple est simplement promis à l’anéantissement par manducation et digestion chinoises car personne n’ira faire la guerre pour lui et que, seul, il ne peut rien. Il y a quelque chose de scellé dans ce drame sauf si la pression morale de l’opinion internationale n’amenait, un jour, les dirigeants chinois à comprendre que, dans leur toute puissance, ils n’auraient rien à perdre à accorder aux Tibétains cette autonomie interne que le dalaï-lama les supplie de concéder. Le seul espoir de ce peuple est de n’être pas oublié. C’est pour cela que ce geste de Georges Bush, le même que celui que viennent de faire la chancelière allemande, le chancelier autrichien et le Premier ministre australien, était si nécessaire et bien venu mais cette cérémonie du Congrès n’inspirait pourtant pas que de l’émotion. Devant ces images, on se disait, aussi, que le temps est décidément passé où les puissances occidentales, même la première d’entre elles, pouvaient parler en maîtres du monde. S’il y avait un certain courage dans cette cérémonie, c’est que même les Etats-Unis doivent désormais tenir compte d’un rapport de forces, non seulement avec la Chine mais aussi l’Inde, la Russie, le monde arabe, l’Iran, la Turquie. L’actualité le rappelait avec toutes les tractations sur le nucléaire iranien, les gesticulations turques à la frontière du Kurdistan irakien ou, encore, les difficultés des rapports américano-indiens. Le monde est devenu multipolaire. L’Occident n’a plus le monopole de sa conduite et, dans la partie si neuve et si complexe qui s’est ouverte avec ce siècle, la force et le rayonnement des démocraties tiendra au moins autant au respect de leurs principes qu’à la puissance de leurs armes. Georges Bush a reçu le dalaï-lama. Très bien mais il est aussi l’homme de Guantanamo, pas le plus qualifié, hélas, pour lever le drapeau des libertés.

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