Le président de la République reçoit ce soir, à Deauville, la chancelière allemande et le président russe. Après un entretien bilatéral franco-allemand et un dîner protocolaire, ces conversations à trois porteront, demain matin, sur les possibilités d’établissement d’un « partenariat » entre l’Union européenne et la Fédération de Russie, entre les deux piliers d’un continent que l’émergence de nouvelles puissances menace tout entier d’un déclin relatif. C’est, autrement dit, d’une grande ambition qu’il s’agit, d’une si grande ambition qu’on devrait en rester, pour l’instant, à un échange d’idées, à un « brainstorming » comme on dit à l’Elysée, mais d’une ambition née, en même temps, d’un tel faisceau de convergences qu’elle est, déjà, devenue crédible. La première impulsion est venue de Dmitri Medvedev qui, sitôt élu, il y a deux ans et demi, avait défini son pays comme l’une des trois branches de la civilisation européenne, avec les Etats-Unis et l’Union européenne, et proposé, surtout, l’idée d’un nouveau pacte de sécurité allant « de Vancouver à Vladivostok », de la côte ouest de l’Amérique du Nord à la côte est de la Russie. Le président russe n’a cessé, depuis, d’exprimer et marteler un désir d’arrimer la Fédération de Russie à l’Occident en faisant comprendre et laissant dire qu’il y voyait, à la fois, le meilleur moyen de moderniser son pays, d’en faire un Etat de droit et de faire face aux pressions que la Chine et le monde islamique exercent à ses frontières. Pour une très large partie de l’élite et des classes moyennes russes, un rapprochement avec l’Europe dans le cadre d’un accord de sécurité générale avec les Etats-Unis relève désormais de la Raison d’Etat et ce retour à l’idée d’une « maison commune européenne », en son temps prônée par Mikhaïl Gorbatchev, a rencontré les aspirations de l’Allemagne et de la France. Pour l’Allemagne qui souhaite jouer un rôle sur la scène internationale comme pour la France qui redécouvre les fondamentaux de la diplomatie gaulliste, un rapprochement économique et politique avec la Russie permettrait, à la fois, d’assurer les approvisionnements énergétiques de l’Union et de lui ouvrir des marchés, de donner un nécessaire coup de fouet à sa croissance, d’augmenter son poids international et de stabiliser le continent en en organisant la sécurité. C’est ainsi que cette vieille idée de partenariat continental a pris un poids tout à fait nouveau et d’autant plus grand que la Pologne n'y fait plus obstacle. Confortée par son envol économique et déçue par les Etats-Unis qui n’avaient pas bougé pendant l’affrontement russo-géorgien, la Pologne s’est rapprochée de la Russie depuis un an et ne rejette plus l’idée d’un partenariat entre l’Union et la Fédération. Reste, maintenant, à passer de l’ambition à sa réalisation. Ce ne sera pas simple. Paris et Berlin ont à ouvrir la voie tout en n’inquiétant pas les Etats-Unis et en ne donnant pas l’impression de décider pour l’Union. La Russie doit, elle convaincre de la réalité de son tournant tout en ne se montrant pas trop pressante. La partie sera difficile mais elle vaut plus que le coup d’être tentée.

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