Le mouvement des indignés n’est pas – pas encore en tout cas – l’année 1968. Toutes nationalités confondues, à l’Est, à l’Ouest et au Sud, des dizaines de millions de personnes étaient descendues, en 1968, dans les rues des cinq continents pour crier un rejet du statu-quo d’après-guerre alors que la « journée mondiale de la colère » n’a mobilisé, samedi, que bien peu de gens.

A l’exception de Lisbonne, Madrid et Rome, les cortèges d’indignés sont restés minces mais, à l’inverse des manifestations de 1968, ils se sont attirés un nombre proprement stupéfiant de messages de compréhension d’hommes politiques en place, ceux-là mêmes qui provoquent l’indignation des indignés.

C’est un paradoxe mais il n’est qu’apparent. Marqués par le souvenir de l’année 68 et pas encore revenus de n’avoir pas vu venir le printemps arabe, les plus lucides des dirigeants de la planète s’attachent à ne pas laisser se développer une rupture générationnelle d’ampleur comparable. Ils veulent donner à voir qu’ils entendent ce qu’expriment les indignés et savent, comme le disait Barack Obama il y a dix jours déjà, que ce mouvement reflète « une suspicion plus largement partagée envers la manière dont fonctionne le système financier ». Ils veulent aussi, surtout, utiliser et d’une certaine manière brandir ce mouvement naissant pour tenter de faire réfléchir la puissance financière, les banques, les grandes fortunes – l’argent – à la colère sociale qui grandit partout, de leur faire peur et des les amener ainsi à accepter les régulations, abandons de créances et nouveaux impôts qu’ils s’essaient à leur imposer.

Dans la rude partie qui se joue en ce moment même, en Europe comme en Amérique, entre l’argent et les puissances publiques, les indignés sont devenus un atout des politiques et cela donne ce concert d’empathie dont voici quelques morceaux. William Hague, chef de la diplomatie britannique, comprend le mécontentement suscité par la situation économique car il y a « de toute évidence, dit-il, quelque chose qui ne fonctionne pas dans le système bancaire ».

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, « comprend tout à fait la frustration des indignés » car « elle est la conséquence de ce qui se passe dans le secteur financier ». Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, juge « légitime les inquiétudes des jeunes » et souhaite donc « une contribution plus importante du secteur financier » aux efforts de redressement en cours. Angela Merkel estime qu’il faut « imposer aux marchés financiers des règles jugées socialement acceptables » car ces manifestations « expriment le désir d’une plus grande justice pour les citoyens ».

Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, voit dans l’idée de démondialisation une exigence de « renforcement de la gestion et de la gouvernance de la mondialisation » et appelle les banques à « accepter des contraintes qui renforceront l’ensemble de l’économie » et ce n’est pas tout. Même Vladimir Poutine et le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, se réfèrent désormais aux indignés, l’un pour vanter sa politique sociale et l’autre pour expliquer que c’est afin de faire oublier la force de cette indignation mondiale que l’Amérique se répand en calomnies contre son pays.

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