Il y avait quelque chose, une phrase, d’indiscutable, fort et définitif dans cette interview. Aux cinq journaux européens dont Le Monde qui l’interrogeaient sur l’Europe et lui demandaient, sur la fin, quelle était la plus grande menace qui pesait sur elle, François Hollande a répondu : « C’est de ne plus être aimée ».

On ne saurait mieux dire puisque le divorce – on ne cesse de le répéter ici – s’accentue toujours plus entre l’Europe et les Européens mais qu’a dit le président de la République qui puisse faire un peu moins désaimer l’Union et lui redonner un sens mobilisateur ? Rien, absolument rien qui vienne éclairer des citoyens en proie au doute quand ce n’est pas au rejet.

Ce n’était pas une vision de l’Europe. C’était une feuille de courte route, aussi prudente et raisonnable qu’une gestion de père de famille, dont il ne ressortait que des choses connues ou facilement perceptibles. François Hollande estime que l’euro est « près, tout près » d’une sortie de crise. Il ne veut pas ouvrir de grands chantiers institutionnels avant que la zone euro n’ait défini des politiques communes. Il est résolument partisan d’une Europe à plusieurs vitesses dans laquelle certains pourraient aller plus loin plus vite tandis que les pays de la monnaie unique se concerteraient tous les mois au plus haut niveau. Il veut que les décisions du sommet de juin sur la croissance et l’union bancaire soient appliquées sans délai et refuse d’accabler la Grèce de nouvelles exigences.

Bon… Pour la sortie de crise, il a raison : « le pire est passé », comme il dit. Pour la Grèce, il faut souhaiter qu’il soit entendu. Pour le reste, ce sont des choix parfaitement défendables mais là où on ne comprend plus le chef de l’Etat, c’est lorsqu’il esquive toute réponse sur l’union politique qui est maintenant à bâtir. Ce sera, dit-il, l’enjeu des élections européennes de 2014. Aux partis européens, poursuit-il, de présenter alors leurs propositions et leurs candidats à la présidence de la Commission.

Oui, bien sûr, c’est ce que les partis auraient à faire et feront sans doute dans cette campagne mais, lui, le président de la République française, le disciple de Jacques Delors, lui, qui est devenu, de par son élection, l’une des figures majeures des gauches européennes, que pense-t-il, que propose-t-il, que souhaite-t-il ?

Il n’en dit mot alors que son devoir serait au minimum d’éclairer le débat, d’expliquer pourquoi l’union politique, à 17 plutôt qu’à 27, est maintenant une nécessité, qu’il va falloir organiser les rapports entre l’euroland et le reste de l’Union européenne et doter, surtout, l’Union et ses composantes des institutions démocratiques qui leur font si cruellement, honteusement, défaut. Ces débats sont engagés en Allemagne. Ils le sont au Parlement comme à la Commission. Des idées commencent à y prendre corps mais le président français, lui, ne veut rien dire car il craint que les Français ne se déchirent sur ce sujet.

C’est un danger, c’est vrai, mais c’est parce qu’on ne sait pas où va l’Europe, où la conduisent ses dirigeants, qu’elle est désaimée et ce désamour, François Hollande l’a fort bien dit, est pour elle le plus grand des dangers.

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