La bataille de Mossoul a commencé alors qu'Alep est écrasée sous les bombes. Si les effets sont les mêmes, les acteurs à la manœuvre sont différents, et leurs intentions divergent.

La comparaison est tentante ! Comme Alep la Syrienne, Mossoul l'Irakienne est la seconde ville d'Irak. Comme Alep, Mossoul est assiégée et bombardée par une aviation étrangère : la Russie pour Alep, les Etats-Unis et les Français pour Mossoul.

Cette équivalence apparente entre les deux situations n'a d'ailleurs pas échappé à Vladimir Poutine.

A peine les opérations ont elles débuté que Vladimir Poutine s'est fait un malin plaisir de demander aux Américains et à leur alliés de faire leur mieux pour éviter le bain de sang.

Le sous-entendu est clair : lorsque la Russie bombarde Alep, elle est accusée de crime contre l'humanité, mais lorsque les Américains bombardent Mossoul, personne ne vient déposer de résolution aux Nations unies. Deux poids, deux mesures en somme.

Et pourtant, la situation n'a rien à voir d'une ville à l'autre.

Reprenons les faits. La bataille d'Alep oppose le régime de Bachar El-Assad et les Russes aux rebelles qui tiennent depuis plusieurs années les quartiers est de la ville.

Bachar El-Assad martyrise son propre pays. Il est directement responsable de plus de 400 000 morts et de 5 à 8 millions de réfugiés et de déplacés. Sa reconquête d'Alep s'apparente à une guerre totale et les moyens utilisés sont particulièrement barbares. Bidons remplis de TNT jetés sur les marchés et les hôpitaux, bombardements sauvages, le tout avec l'aide active de l'aviation russe.

Le gouvernement de Bagdad, par contraste, est élu dans des conditions plus démocratiques et représente en Irak une majorité objectivement chiite. Son intention n'est pas de tuer et détruire Mossoul et sa population mais bien de déloger les 4 à 5 000 militants du groupe État islamique qui tiennent la ville. Il n'intervient pas seul à Mossoul mais a pris soin d'associer à la bataille les Kurdes et une partie des tribus sunnites.

Quant aux Américains, ils refusent l'intervention lourde et trop directe, échaudés par l'échec cuisant de l'invasion de l'Irak en 2003 et la « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan.

Mais la vraie différence entre les deux interventions est ailleurs. Elle est dans le jour d'après.

Bachar el Assad et ses alliés russes n'ont pas d'autres intentions en Syrie et à Alep que d'écraser la rébellion et de maintenir coûte que coûte le régime baassiste. Le gouvernement irakien, lui, est dans une démarche plus politique de donnant-donnant.

L'idée est de fédéraliser à terme la république irakienne avec une très large autonomie accordée de fait aux Kurdes et, demain, aux sunnites (minoritaires dans le pays). C'est ce deal qui a permis le ralliement d'un partie – pourtant très réticente – des tribus sunnites.

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