Où l'on voit que la libération de Raqqa et la débandade de Daech ne suffiront pas à assurer la stabilité du Proche-Orient

C’était la capitale de Daech en Syrie comme Mossoul l’avait été en Irak. C’est également de là que ces assassins organisaient leurs attentats à travers le monde et, d’abord, en Europe. Achevée hier, la libération de Raqqa, ville suppliciée par les djihadistes qui s’en étaient emparés il y a trois ans, est donc la meilleure des nouvelles possibles, mais maintenant ?           

Eh bien maintenant la guerre de Syrie n’est pour autant pas achevée car, contrairement à ce que voudraient faire croire Bachar al-Assad et ses allié russes et iraniens, elle n’oppose pas Daech et le régime de Damas. Née des manifestations démocratiques qui avaient éclaté en Syrie comme dans tout le monde arabe en 2011, cette guerre oppose en réalité la majorité sunnite de la population à la dictature du clan Assad issu de la minorité alaouite, une branche du chiisme.           

Menacé de perdre la partie, ce clan avait fait libérer à l’automne 2011 les plus exaltés des islamistes syriens afin qu’ils viennent concurrencer l’insurrection démocratique et incitent le monde à soutenir le régime de Damas par crainte du djihadisme. On avait alors assisté à une fusion entre ces fanatiques syriens et d’anciens officiers irakiens de l’armée de Saddam Hussein qui, loin de toute préoccupation religieuse, entendaient fonder un nouvel Etat sunnite à cheval sur l’Irak et la Syrie. C’est cette alliance qui avait donné sa force à Daech aussi bien en Irak qu’en Syrie et qui avait combattu ces barbares ?  

L’insurrection syrienne, d’abord, qui les avait chassés d’Alep avant de se faire elle-même écraser par l’aviation russe, les milices kurdes, ensuite, qui leur avaient repris Mossoul et, maintenant, les Forces démocratiques syriennes, alliance de Kurdes et d’opposants syriens appuyés par l’aviation de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis.  Ce n’est pas le régime de Damas qui a libéré Raqqa mais des forces qui  combattent Bachar al-Assad et la débandade de Daech, si essentielle et réjouissante qu’elle soit, ne résout rien.  

Cinq millions de Syriens, souvent les plus éduqués, ont fui leur pays qui est à peu près totalement détruit. La coupure entre pays légal et pays réel est plus profonde que jamais. Les Kurdes syriens ne veulent pas repasser sous la tutelle de Damas, pas plus que les Kurdes irakiens sous celle de Bagdad.  

En Irak comme en Syrie, les frontières que les puissances coloniales avaient tracées au début du siècle dernier ont de fait éclaté et c’est sur ces décombres que s’affrontent maintenant, dans toute la région, les deux religions de l’islam, chiisme et sunnisme, et leurs champions respectifs, l’Iran et l’Arabie saoudite. Avec des Etats-Unis absents et une Europe toujours inexistante sur la scène internationale, ce n’est pas demain que le Proche-Orient retrouvera la paix.

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