Les PDG des grandes multinationales et la Directrice Générale du FMI se sont retirés du « Davos du désert », un sommet économique prévu la semaine prochaine en Arabie saoudite. Une indignation bien calculée.

A la première édition de la Conférence « Investissement de l’Avenir », le « Davos du désert », à Ryad l’an dernier, un Saoudien observe le robot Pepper.
A la première édition de la Conférence « Investissement de l’Avenir », le « Davos du désert », à Ryad l’an dernier, un Saoudien observe le robot Pepper. © AFP / FAYEZ NURELDINE / AFP

Il est rare de voir les PDG de multinationales en dénonciateurs des violations des droits de l’homme. Or les uns après les autres, les grands patrons américains, puis les dirigeants des grandes institutions financières, dont la Directrice Générale du FMI, Christine Lagarde, ont annoncé qu’ils renonçaient à participer au « Davos du désert », un grand sommet économique prévu mardi prochain en Arabie Saoudite, avec le gratin du business mondial.

Cette désertion du monde des affaires et de la finance internationale est la conséquence la plus inattendue de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi par des agents de son pays.

L’an dernier, ils étaient tous là pour la première édition, à boire les paroles du Prince héritier Mohamed Ben Salman, présenté comme le modernisateur qui allait conduire un « grand bond en avant » du Royaume wahhabite.

Le jeune prince avait dévoilé son projet de ville utopique, baptisée « Neom », un investissement de 500 milliards de dollars dans les technologies du futur, un environnement propre et une société moderne. De quoi aiguiser les appétits de contrats.

Un an plus tard, c’est l’affaire Khashoggi et ses détails macabres d’un cadavre découpé à la scie dans l’enceinte d’un Consulat saoudien, tandis que l’on mettait de la musique pour couvrir un bruit désagréable.

Les multinationales ont compris plus vite encore que les gouvernants l’ampleur des dégâts qu’allait provoquer cet assassinat d’un journaliste dans ces circonstances. En particulier les entreprises qui avaient déroulé le tapis rouge au Prince Mohamed Ben Salman il y a seulement quelques mois. Elles désamorcent les possibles critiques en attendant que passe l’orage, et évitent la photo de leur PDG avec le prince devenu infréquentable.

Le PDG du géant du VTC Uber a été l’un des premiers à annoncer sa défection, d’autant plus rapide, et surprenante, qu’il a accueilli un investissement saoudien de 3 milliards de dollars dans son capital. Même chose du côté de Google, qui a annoncé en début d’année de gros investissements dans le Royaume.

Il y a beaucoup d’hypocrisie dans ces décisions, car si le meurtre de Jamal Khashoggi est odieux, ces entreprises n’hésitent pas à fermer les yeux sur d’autres situations tout aussi insupportables, mais moins médiatisées. Comme la guerre menée par le même prince au Yémen au prix d’immenses souffrances pour les civils.

Au point que l’on peut poser la question : à quel moment une multinationale peut-elle ou doit-elle se mêler de politique ? Google boycotte ainsi le « Davos du désert », mais prépare en secret une version censurée de son moteur de recherche pour le marché chinois. 

On notera qu’un seul des participants d’entreprises françaises au « Davos du désert » a pour l’instant annoncé qu’il renonçait à s’y rendre. Les autres sont-ils moins hypocrites, ou plus cyniques ? 

La seule morale de cette histoire est qu’il n’y en a guère, sinon que le meurtre de Jamal Khashoggi est devenu une affaire trop explosive pour être ignorée, même par les plus puissants.

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