Pour l’Irak, la guerre ou la paix, on verra. On verra si Saddam Hussein est vraiment assez bon politique pour s’en tenir à son nouveau jeu, ne vraiment pas mettre d’entrave aux inspections de l’Onu et éviter ainsi l'intervention des Etats-Unis. La question reste ouverte mais la certitude est que l’hyperpuissance américaine n'est décidément pas toute puissante. Il y a trois semaines encore, Georges Bush et ses amis de la droite républicaine entendaient aller renverser Saddam sans demander l’avis de quiconque et surtout pas de l’Onu. Les Etats-Unis entendaient agir seuls car ils ne voulaient pas se laisser piéger par les débats du Conseil de sécurité et voulaient aussi clairement dire, une bonne fois pour toutes, qu’ils avaient une place à part sur la scène internationale, celle d’un pays auquel ses succès conféreraient une légitimité et des responsabilités particulières. Les Etats-Unis voulaient affirmer leur rôle dirigeant et, pour ce qui est de la légalité internationale, ils expliquaient que les résolutions déjà votées par les Nations-Unies et violées par Saddam donnaient une base légale à leur intervention. On en était donc là fin août quand Georges Bush a réalisé que, non, ca ne passait pas. Il n’arrivait décidément pas à faire accepter cet unilatéralisme car tous les caciques de la diplomatie américaine criaient casse-cou, que les Américains ne voulaient pas entendre parler d’une opération qui ne serait pas acceptée par les alliés des Etats-Unis et que l’Europe et les capitales arabes pro-occidentales, la Chine et la Russie également, dénonçaient à tue-tête cette volonté de contourner l’Onu c’est-à-dire de les ignorer. Entre alors en scène Tony Blair. Lui aussi est embarrassé. Il veut, lui aussi, le renversement de Saddam mais, sans aval de l’Onu, son opinion ne suit pas et il ne peut pas, non plus, être en complet porte-à-faux avec le reste de l’Europe dont il rêve de prendre la tête. Tony Blair va donc plaider auprès de Georges Bush un virage à 180 degrés. Passez par l’Onu, lui dit-il, et l’Europe suivra, je vous le garantis. Ainsi fut fait. C’était jeudi dernier, et l’Europe en effet suit, toujours inquiète des conséquences d’une guerre mais avant tout soucieuse de sauver la concertation et la légalité internationales. Soudain, tout va bien pour Georges Bush. Il se voit déjà infliger une leçon exemplaire à Saddam Hussein, installer un régime ami à Bagdad, modifier tous les équilibres du Proche-Orient et relativiser le poids de l’Arabie saoudite en remettant sur le marché le pétrole irakien. Tout va bien sauf que la concertation internationale, tout aussi soudain fait ses preuves. Devant l’unanimité qui se dessine à l’Onu, pressé de toutes parts d’entendre raison, menacé d’un soutien saoudien à l’intervention américaine, Saddam cède lundi soir et c’en est aussitôt fait de l’unanimité contre lui, les uns voulant le « prendre aux mots », comme le dit la France, l’autre, Georges Bush, criant seul ou presque à la manœuvre. L’unilatéralisme n’avait pas marché. Le recours à l’Onu, comme il le craignait, l’a piégé. Le retour à l’unilatéralisme serait maintenant délicat et qui, au fait, a contré, là, les Etats-Unis ? La réponse est claire : l’Europe, l’Europe en pointillés, toujours hésitante et désunie mais, oui, l’Europe.

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