C’est un premier pas, l’amorce, d’une politique économique européenne. Confrontées aux mêmes problèmes, ralentissement de la croissance, déficits budgétaires et grave fragilisation financière, surtout, de leurs systèmes de protection sociale, la France et l’Allemagne vont proposer aujourd’hui à leurs partenaires européens les grandes lignes d’un programme économique commun pour l’Union, trois priorités mêlant libéralisme et volontarisme, déréglementation et impulsion politique. La première de leurs priorités serait d’affirmer les réformes structurelles dans trois domaines, marché du travail et protection sociale, environnement et budget. La France et l’Allemagne voudraient, autrement dit, que l’ensemble des pays européens, elles-mêmes en tête, s’attaquent de concert, d’un même mouvement ou en concertation, ce n’est pas dit, ce n’est qu’une proposition, c’est à voir, à une déréglementation du marché de l’emploi visant à faciliter l’embauche ; à une réforme des systèmes de retraite et de santé visant à assurer leur viabilité ; à une limitation de la consommation des ressources non-renouvelables et à un abaissement des dépenses publiques afin de freiner l’endettement qu’auront à assumer les générations futures. Ce qui frappe immédiatement dans cette première priorité est qu’elle soit formulée, défendue, par un Président gaulliste et un Chancelier social-démocrate parlant d’une seule voix, par des équipes traditionnellement attachées à l’Etat et à la réglementation mais qui se rapprochent, là, malgré l’insistance sur le développement durable, des démarches libérales. A tort ou à raison, ce sont d’ordinaire les libéraux qui expliquent que la protection du travail est source de chômage, qu’il faut réduire l’envergure de la protection sociale et respecter l’orthodoxie monétaire. Pour la France gaulliste et l’Allemagne social-démocrate, il y a là comme un aggiornamento, presque une conversion, d’autant plus frappante que, directement inspirée par Gerhard Schröder, la deuxième priorité proposée par Paris et Berlin consiste à lutter contre la désindustrialisation, la délocalisation des industries, en mettant un holà aux réglementations édictées par Bruxelles, par la Commission européenne, aussi bien sur les fusions que sur la protection de l’environnement. C’est plus de liberté de se concentrer, voire de ne pas polluer moins, que Paris et Berlin réclament ainsi pour l’industrie européenne. Les libéraux ne pourront, encore une fois, qu’applaudir beaucoup de salariés aussi, mais la troisième priorité franco-allemande est, elle, d’inspiration radicalement différente. Paris et Berlin veulent, en troisième lieu, que l’Europe, tous ses pays, investisse ensemble dans dix projets d’avenir allant des énergies renouvelables aux trains à grande vitesse en passant par les satellites de guidage, les réseaux de communication et les semi-conducteurs. C’est à un effort massif, keynésien et non plus du tout libéral, à un investissement de long terme, coordonné par la puissance publique, dans les infrastructures et la recherche que la France et l’Allemagne appellent, en troisième lieu, l’Europe dans un programme qui marie les contraires. Le débat s’ouvre. Il sera politique et européen.

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