« Il s’agissait d’une citation », expliquait, hier, Benoît XVI en se disant « vivement attristé » par les réactions qu’elle avait suscitées. C’est vrai. Ce n’était qu’une citation qui ne faisait même qu’ouvrir une belle et forte réflexion sur Dieu, le Verbe et la Raison mais, outre qu’elle était extraite d’une controverse entre un Persan, un Iranien dit-on aujourd’hui, et un empereur byzantin, un chrétien, qui fut vassalisé par l’Islam, outre qu’elle pouvait prendre des résonances très actuelles, cette citation n’en disait pas moins que « Mahomet [n’] a apporté (…) que des choses mauvaises et inhumaines comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait ». Mahomet, le prophète, « que des choses mauvaises » ? Et cela dans la bouche du Pape ? Dans la bouche de l’homme qui incarne, de fait, la chrétienté en dehors d’elle et cela dans un temps où des djihadistes guettent toute occasion d’appeler à la guerre sainte ? Venant d’eux, avec ce qu’ils disent et font régulièrement, les demandes d’excuses sont d’autant moins recevables qu’elles ont déjà suscité beaucoup de violences au lieu d’argumenter, mais comment comprendre que Benoît XVI ait eu l’inconscience d’exhumer cette phrase si elle « n’exprimait en aucune manière, dit-il, sa pensée personnelle » ? Beaucoup trop de gens penseront maintenant que, si, bien sûr, le Pape avait bel et bien trouvé là un écho à sa propre vision et que la violence islamiste lui fait oublier, même à lui, qu’on peut lire des choses si contradictoires dans le Coran qu’on doit s’appuyer sur tout ce qu’il a d’universaliste et de généreux pour relativiser tout ce qui ne l’est pas en lui. Dans le domaine spirituel, rien n’est plus urgent pour l’Islam et le monde. Il serait terrible que le Pape ne le sache pas, ne comprenne pas au moins qu’il devrait être le dernier à compliquer la tâche des musulmans qui prônent ce travail mais est-il vraiment possible que Benoît XVI ignore de telles évidences ? On peut en douter. Ce pape est trop intelligent pour cela mais souffre, en revanche, d’une grande faiblesse. Contrairement à son prédécesseur, il n’a pas été formé par les batailles qu’imposait la vie sous le communisme. Il n’a jamais eu l’occasion de développer le sens politique d’un Jean-Paul II, d’acquérir une stature d’homme d’Etat, car le seul défi auquel il ait eu à se confronter aura été la contestation soixante-huitarde dont l’iconoclastie le révulsait. L’Eglise l’a choisi car elle voulait une pause. Entre le rappel identitaire aux rigueurs de la doctrine et les combats politiques, contre le communisme puis contre la loi du profit, pour la dignité de l’homme toujours, entre les deux sillons tracés par le pape polonais, les cardinaux ont choisi de creuser le premier. Ils ont élu un théologien conservateur, tout sauf un politique, un pur intellectuel qui fait partager ses lectures historiques pour faire partager ses réflexions théologiques sans réaliser qu’il n’est plus professeur mais pape – le Pape d’une époque dangereuse.

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