L’alternative était claire. Pour succéder à Ehud Olmert à la tête de leur formation et, peut-être, du gouvernement israélien, les militants du parti centriste Kadima avaient le choix entre un faucon et une réaliste. Le premier, Shaul Mofaz, ancien chef d’état-major et ancien ministre de la Défense, avait dénoncé les accords d’Oslo comme « la pire erreur jamais commise par Israël » et ne cachait guère son opposition aux deux grandes négociations ouvertes par le Premier ministre sortant, les pourparlers directs avec les Palestiniens et indirects avec la Syrie. La seconde, Tzipi Livni, actuelle ministre des Affaires étrangères, en charge des négociations avec les Palestiniens, a clairement pris position, au contraire, pour un accord de paix fondé sur la coexistence de deux Etats. C’est elle qui l’a emporté, d’un point mais dès le premier tour, et ce résultat est d’autant plus frappant que Kadima est une formation récente et instable, fondée par Ariel Sharon en 2005, lorsqu’il avait rompu avec le Likoud, le grand parti de droite, afin d’évacuer la Bande de Gaza. A l’exception de quelques figures travaillistes qui les avaient alors rejoints, les militants de Kadima viennent de la droite. Ce sont d’anciens faucons mais ils ont pourtant voté pour la paix, bien que l’évacuation de Gaza n’ait abouti qu’à sa transformation en un bunker islamiste par le Hamas. Il y a, autrement dit, une conclusion à tirer de leur vote. Entre leur parti et la gauche, la majorité des Israéliens est clairement acquise à l’idée d’un compromis avec les Palestiniens. Certains le sont par pacifisme. D’autres parce qu’ils ont maintenant compris, comme Tzipi Livni et comme Ariel Sharon avant qu’il ne tombe dans le coma, qu’Israël ne pouvait pas poursuivre l’occupation des Territoires palestiniens sans risquer de devenir une société d’apartheid dans laquelle les Palestiniens seraient vite majoritaires. Les motivations sont diverses mais l’idée qu’il faille sortir de l’occupation est désormais clairement dominante en Israël et c’est un changement dont on saurait d’autant moins sous-estimer l’importance que les négociations avec les Palestiniens se poursuivent, sur le fond et sur une base quasi quotidienne. Cela ne signifie malheureusement pas qu’on vienne de faire un pas décisif vers un compromis israélo-palestinien. Il faudrait pour cela que Mme Livni soit certaine de pouvoir reconduire la coalition sortante à ses conditions et ce n’est pas le cas. Si elle n’y parvient pas, il n’est pas exclu qu’elle choisisse d’aller à des élections anticipées et que la droite puisse les remporter en dénonçant la division des sortants. L’incertitude provoquée par le retrait d’Ehud Olmert, poursuivi pour corruption, n’est pas déjà refermée mais, à terme au moins, oui, le vote d’hier est une bonne nouvelle pour la paix. Le centre a voté pour la paix et cette jeune femme volontaire, très populaire dans tout le pays, ancienne des services secrets et peu soupçonnable de naïvetés pacifistes, ne serait pas la plus mal placée pour la faire avancer.

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