Cela avait été sa dernière décision d’importance. En août 2008, trois mois avant la victoire de Barack Obama, Georges Bush avait finalisé l’accord aux termes duquel les Etats-Unis allaient installer en Pologne et en République tchèque un système de défense anti-missiles qui devait être déployé en 2012. Officiellement, ce radar et ces intercepteurs étaient destinés à parer l’éventualité d’une attaque nucléaire iranienne mais le Kremlin avait vu, là, non sans raisons, la fin de l’équilibre stratégique entre l’Amérique et la Russie, un abaissement de la puissance russe qu’il n’était pas disposé à admettre et les relations entre les deux pays s’en étaient considérablement dégradées. Ce système anti-missiles, Barack Obama l’a enterré hier. Pour la forme, il y a substitué des mesures, navales et terrestres, contre les missiles de courte et moyenne portée qui, elles, ne changeront rien à l’équilibre militaire entre Washington et Moscou. Son administration a fait valoir que de nouvelles évaluations des services de renseignement ne laissaient plus craindre que l’Iran puisse procéder à des tirs de longue portée dans un avenir prévisible. Peut-être. Sans doute. Probablement, mais le fait est que cette décision a été aussitôt saluée par le président russe, Dmitri Medvedev, comme « responsable » et prometteuse pour l’avenir de la coopération entre les deux pays. Rien n’est acquis mais ce revirement des Etats-Unis pourrait ouvrir la voie à de nombreuses évolutions de la scène internationale. Il pourrait favoriser, d’abord, une plus grande connivence entre Washington et les grandes capitales européennes qui n’appréciaient pas plus ce projet que celui de faire entrer l’Ukraine et la Géorgie dans l’Otan car elles sont soucieuses de parvenir à définir avec Moscou les grandes lignes d’une coopération économique et stratégique entre l’Union européenne et la Russie. Ce revirement américain pourrait achever, en deuxième lieu, de convaincre les pays d’Europe centrale que leur sécurité à long terme dépend moins des Etats-Unis que de l’Union européenne et les conduire ainsi à se rallier à l’idée d’une Europe politique, acteur de la scène internationale, dans laquelle ils avaient longtemps vue une simple ambition française de faire de l’Europe un rival de l’Amérique. Hier, Washington a profondément déçu Polonais et Tchèques et ce n’est pas forcément une mauvaise chose pour l’Union. La décision de Barack Obama pourrait bien, en troisième lieu, renforcer les courants les plus occidentalistes et modernisateurs des cercles dirigeants russes, ceux qu’incarnent Dmitri Medvedev contre Vladimir Poutine. En quatrième lieu, cette décision que tout laissait prévoir depuis novembre devrait faciliter un rapprochement américano-russe sur deux dossiers brûlants, l’Iran avec lequel les grandes puissances tenteront d’ouvrir des négociations le 1er octobre prochain et l’Afghanistan où la Russie ne souhaite pas plus que les Etats-Unis une victoire des taliban. Beaucoup de choses pourraient avoir changé hier mais ce n’est encore qu’en pointillés.

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