L’Allemagne et la France sont les deux piliers de l’Union européenne, sa locomotive depuis plus d’un demi-siècle, mais leurs citoyens n’expriment désormais plus que désamour à son égard.

On le sentait, on le savait, tout le criait mais les sondages publiés hier par Le Figaro et Die Welt sont accablants puisque 65% des Allemands considèrent que leur situation serait meilleure sans l’euro et que 64% des Français, le même pourcentage ou presque, ne voteraient pas aujourd’hui la ratification du traité de Maastricht, celui qui avait institué la monnaie unique.

Plus inquiétant encore pour la construction européenne, près d’un Allemand sur deux, 49% d’entre eux, pensent que leur pays s’en sortirait mieux s’il ne faisait pas partie de l’Union et on a la nette impression que, si 65% des Français refusent l’abandon de l’euro qui aurait, disent-ils à d’écrasantes majorités, nui à la compétitivité française et fait s’envoler le chômage et les prix, c’est uniquement qu’ils craignent que le remède ne soit pire que le mal.

Ce n’est plus que le divorce entre l’Europe et les Européens s’accentue. C’est qu’il est prononcé et les raisons en sont claires. Les Européens se sentent dépossédés de tout pouvoir par l’Europe car, quelles que soient les majorités qu’ils élisent dans leurs pays respectifs, les vraies décisions se prennent à Bruxelles aux termes de procédures et négociations auxquelles personne ou presque ne comprend rien. Pire encore, l’Europe décide mais elle n’est que crise permanente et paraît impuissante à résoudre quoi que ce soit.

Comme le disait Margaret Thatcher du communisme, les Européens ont le sentiment que « l’Europe, ça ne marche pas » et il est, dans ces conditions, totalement vain d’essayer de faire valoir que chacun des pays européens serait dans une situation bien plus difficile encore sans l’Union et que ce qu’on appelle « l’Europe » ou « Bruxelles » n’est jamais que l’addition de pouvoirs nationaux démocratiquement élus, décidant ensemble et pas toujours si mal.

Ces vérités sont tout simplement inaudible parce que crise économique il y a, que les citoyens européens ne savent plus qui devrait en être tenu responsable, qu’ils admettent de plus en plus mal de devoir payer les dettes d’autres Européens et qu’ils ont ainsi une nostalgie toujours plus grande des Etats-nations que la mémoire collective associe à la croissance et aux progrès sociaux d’après-guerre.

A la crise économique de l’Europe, s’ajoute ainsi une crise politique, non pas moins grave mais plus grave encore et qui deviendra vite gravissime si les citoyens européens continuent à ne pas pouvoir directement peser sur les décisions qui s’imposent à eux. Mme Merkel a raison de dire qu’il faut de nouveaux traités instituant une « union politique » mais le problème est que tout nouveau projet institutionnel se heurterait à l’europhobie montante et qu’il faudrait, en tout état de cause, un accord des 27 gouvernements sur le type de démocratie européenne à mettre en place, présidentielle ou parlementaire, et sur l’équilibre des pouvoirs entre les Etats et leur fédération. Risques ou pas, il est plus qu’urgent, indispensable, simplement vital, d’ouvrir le débat.

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