Le « non » a repris l’avantage mais sans regagner tout le terrain qu’il avait cédé la semaine dernière. La seule certitude est qu’on ne sait donc pas si les Ecossais prendront ou non leur indépendance aujourd’hui et l’inquiétude est, en attendant, aussi grande en Europe que dans le reste du monde. En Europe, la crainte est qu’un « oui » n’encourage d’autres fractionnements dans d’autres pays de l’Union, en Espagne, bien sûr, mais également en Belgique, en Italie puis ailleurs tant les identités régionales, linguistiques ou historiques ont tendance à s’affirmer face à des Etats dont la mondialisation de l’économie a relativisé les pouvoirs et la pertinence. Il suffit de voir l’attention, la passion, l’enthousiasme avec lesquels la Catalogne suit ce scrutin écossais pour se convaincre que cette crainte n’est nullement infondée. Il n’est plus impossible que des Etats ne se défassent en Europe avant que l’Union n’ait pris leur relais, que l’Europe n’en soit affaiblie et que ses institutions ne se heurtent, en tout cas, au redoutable problème de savoir quoi faire d’une Ecosse ou d’une Flandre indépendantes dont l’Espagne refuserait l’admission parmi les 28 par crainte de précipiter ses propres sécessions. Oui, c’est évidemment un sujet d’inquiétude, mais il est pourtant une autre manière, beaucoup moins sombre, de voir les choses. Une sécession de l’Ecosse précipiterait, sans doute, un Britexit, une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, car c’est en Ecosse que les partisans britanniques de l’unité européenne sont les plus nombreux. Il n’y aurait alors plus de Grande-Bretagne pour freiner la marche de l’Union et les nouveaux Etats sortis des anciens seraient significativement moins réticents que les capitales d’aujourd’hui à déléguer de nouvelles souverainetés car c’est à leur identité qu’ils seraient attachés beaucoup plus qu’à leur poids propre sur la scène internationale. Quelque chose de très profond se joue là pour l’Union mais, pour le reste du monde, c’est un effet sismique qu’aurait un « oui » écossais à l’indépendance. Si l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, sixième économie d’un monde qu’elle domine encore par sa langue après l’avoir longtemps dominé, avec la France, par son empire colonial, en venait à éclater, c’est tout le tabou de l’intangibilité des frontières qui en serait définitivement ébranlé. Il l’est déjà en Afrique et au Proche-Orient où, du Soudan à l’Irak et de la Centrafrique à la Syrie, les frontières artificiellement dessinées par les puissances coloniales craquent de partout. Ce tabou est également mis à mal dans toute l’ancienne aire soviétique où, de l’Ukraine à la Géorgie en passant par la Moldavie, les frontières redeviennent mouvantes et, dans un tel contexte, si le Royaume-Uni se défaisait ce soir, l’onde de choc serait alors bien vite mondiale.

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