Le régime syrien dispose désormais de nouvelles armes russes. Ses porte-parole l’ont indiqué hier et ces armes, des missiles air-sol de haute précision, ont aussitôt été utilisées, une douzaine de frappes, contre la ville de Rakka, celle dont Daesh a fait sa capitale.

Décelée depuis plusieurs semaines par les services de renseignements et régulièrement dénoncée par les Etats-Unis qui disaient, mais à bas bruit, s’en inquiéter, la montée en puissance militaire russe en Syrie est ainsi avérée mais quels buts le Kremlin poursuit-il là ?

Il s’agit, dit-on à Moscou, de lutter contre le terrorisme, autrement dit contre Daesh, de préserver l’Etat syrien et de « prévenir une complète catastrophe » dans la région. Ces trois raisons sont parfaitement crédibles parce que la situation du régime syrien est devenue si précaire que des obus tombent maintenant sur Damas d’où plusieurs dizaines de milliers de personnes ont fui vers le Liban depuis le début de l’été, que les prix alimentaires s’y sont envolés, que les coupures d’électricité s’y multiplient et que l’armée de Bachar al-Assad, surtout, s’est considérablement affaiblie tant son moral s’est effondré, tant ses pertes sont importantes et tant elle est aujourd’hui incapable d’assurer sa présence sur des fronts devenus trop multiples.

La route reliant Damas à Homs est menacée alors même qu’elle longe la frontière libanaise. Daesh pourrait bientôt se retrouver aux portes du Liban et, plus au Nord, les jihadistes ne sont plus qu’à une soixantaine de kilomètres de Lattaquié, principale ville du berceau de la minorité alaouite dont est issu le clan Assad et de la région côtière où la Russie possède une base militaire, celle de Tartous, depuis les temps soviétiques.

Les Russes ne font pas que livrer des armes au régime syrien qui disait, hier, se réserver la possibilité de leur demander - « si nécessaire » - une aide militaire sur le terrain. Les Russes ont déjà accru leur présence au sol et entrepris de reconstruire un aéroport militaire non loin de leur base. Les Russes ne se contentent plus d’apporter un soutien diplomatique à Bachar al-Assad mais s’engagent maintenant en Syrie parce que leur allié n’est plus loin de perdre pied, qu’ils veulent sauver leur dernier point d’ancrage au Proche-Orient et qu’ils craignent aussi qu’un éventuel triomphe de Daesh en Syrie n’ait des répercussions dans la Caucase russe en y galvanisant les réseaux islamistes.

On voit bien les raisons de la Russie. Elles sont si claires que la Maison-Blanche vient de se déclarer « ouverte » à des discussions avec elle sur la Syrie mais, au-delà de cette opération de sauvetage d’un régime dont il avait eu tellement tort d’entretenir l’intransigeance, que veut Vladimir Poutine, qu’envisage-t-il pour arrêter cette guerre et préserver ses intérêts en Syrie ?

Or on l’ignore. Américains et Européens aimeraient bien le savoir mais, en admettant qu’il sache lui-même, on ignore encore si le président russe veut tenter de sauver Bachar al-Assad à tout prix ou favoriser une solution de compromis passant, nécessairement, par l’émergence d’un autre homme.

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