Le leader nord-coréen Kim Jong-un a accueilli mardi à Pyongyang le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, première visite au nord d'un chef d'Etat du sud depuis onze ans. Un nouveau succès diplomatique pour le dictateur nord-coréen sans pour autant abandonner son arme nucléaire.

Les habitants de Séoul, en Corée du Sud, regardent à la télévision, mardi 18 septembre, l'arrivée de leur président à Pyongyang, la capitale du nord, accueilli par Kim Jong-un.
Les habitants de Séoul, en Corée du Sud, regardent à la télévision, mardi 18 septembre, l'arrivée de leur président à Pyongyang, la capitale du nord, accueilli par Kim Jong-un. © AFP / Jung Yeon-je / AFP

Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un ne mérite pas le prix Nobel de la paix, mais pourrait prétendre à celui de meilleur stratège. Il le prouve encore une fois mardi en recevant à Pyongyang, sa capitale, le Président sud-coréen Moon Jae-in. Cela faisait onze ans qu’une telle visite ne s’était pas produite.

En l’espace de quelques mois, sans rien lâcher réellement sur sa possession de l’arme nucléaire, Kim Jong-un engrange donc les succès. Il a obtenu ce sommet sans précédent avec Donald Trump en juin dernier, a été adoubé par les dirigeants chinois, et a renoué un important dialogue avec le frère-ennemi du Sud. Pas mal pour un jeune homme que l’on disait au mieux inexpérimenté, au pire fou.

Sans rien lâcher car le dirigeant nord-coréen n’a toujours pas engagé son pays sur la voie de la dénucléarisation autrement qu’en paroles, et encore moins celle de la destruction de son stock de 8 à 10 armes nucléaires déjà produites.

Kim Jong-un a su profiter d’une triple opportunité qui s’est offerte à lui. La première est l’égo de Donald Trump, désireux d’un geste diplomatique fort que n’aurait pas accompli Barack Obama… La Corée du nord lui en a offert l’occasion avec ses essais nucléaires et balistiques l’an dernier. 

Donald Trump a voulu ce sommet avec Kim pour rehausser sa stature, suscitant lui-même la rumeur d’un prix Nobel de la paix à la clé. Pour Kim Jong-un, ce sommet était une reconnaissance inespérée, sans la moindre concession.

Le deuxième effet d’opportunité est venu de la crise politique à Séoul, avec la destitution de la présidente et son remplacement par un homme désireux de faire avancer la paix avec le nord, Moon Jae-in, que Kim rencontre pour la troisième fois aujourd’hui.

Enfin, Kim Jong-un qui avait des rapports tendus avec son puissant voisin chinois, s’est ouvert les portes de Pékin en se montrant conciliant. La Chine est trop contente de peser sur le dossier coréen au moment où Donald Trump mène une guerre commerciale contre elle.

Une chose est sûre, la dénucléarisation de la Corée du nord n’est pas pour tout de suite. Kim Jong-un réussit pour le moment le tour de force de garder la ligne ouverte avec la Maison Blanche en faisant des concessions de façade. Donald Trump a ainsi remercié le dictateur pour n’avoir pas présenté de missile balistique lors d’un récent défilé militaire. Pas cher payé le remerciement du chef de la première puissance mondiale.

Kim Jong-un engrange les bénéfices, à commencer par la visite des dirigeants des principaux conglomérats industriels de Corée du sud, venus avec leur Président. Assis sur son arsenal nucléaire –petit mais suffisant-, Kim veut en effet donner la priorité au développement économique du nord, qui ne pèse que 4% de l’économie du sud.

Si Kim Jong-un parvient à la fois à garder son armement nucléaire, à attirer les investisseurs, et à conserver le pouvoir, il mérite assurément le titre de génie inégalé que lui décerne quotidiennement la propagande nord-coréenne...

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