Les accusations de violation des droits de l’homme se multiplient à propos de la minorité ouigour, devenant un élément diplomatique majeur dans le bras de fer avec Pékin.

Le drapeau chinois flotte sur une mosquée dans la vieille ville de Kashgar, dans l’extrême ouest du Xinjiang. Pékin veut "siniser" les religions.
Le drapeau chinois flotte sur une mosquée dans la vieille ville de Kashgar, dans l’extrême ouest du Xinjiang. Pékin veut "siniser" les religions. © AFP / GREG BAKER / AFP

Il n’y a pas si longtemps, les Ouigours du Xinjiang, dans l’Ouest de la Chine, n’étaient guère connus en dehors d’un cercle d’experts. Aujourd’hui, cette minorité musulmane et turcophone, est devenue le symbole de la répression pratiquée par le régime de Pékin, un enjeu international incontournable.

Le pouvoir chinois n’a pas réussi à « éteindre » cet incendie, et se retrouve désormais face à des accusations graves d’atteintes aux droits de l’homme, avec plus d’un million de personnes dans des camps dits de « rééducation », de travail forcé, et même de génocide puisque l’une des accusations porte sur des stérilisations forcées, ce qui entre dans la définition de ce crime.

Pékin a initialement réussi à contenir ces dénonciations, d’abord en plaçant son action au Xinjiang sous la bannière de la lutte anti-terroriste - il y a effectivement eu des actes de violence attribués à des Ouigours ces dernières années. La Chine a également réussi à empêcher toute critique provenant du monde musulman, obtenant, par son poids politique, que ces pays la soutiennent aux Nations Unies. Mais cette digue n’a pas tenu longtemps.

Il faut comprendre la logique des dirigeants chinois vis-à-vis de cette minorité nationale et religieuse. Derrière le discours d’harmonie entre les 56 peuples qui constituent la population de la Chine, il y a un rouleau compresseur qui vise à gommer les identités minoritaires, notamment dans leur dimension religieuse.

Le pouvoir de Xi Jinping s’est lancé dans une campagne de « sinisation » des religions, pas seulement l’islam, mais aussi le christianisme et même le bouddhisme tibétain. Chez les Ouigours, mais aussi chez les Huis, l’autre minorité musulmane de Chine, des mosquées ont été rasées car d’architecture trop moyen-orientale, et j’ai moi-même vu l’an dernier en Chine des caractères arabes fraichement recouverts sur des restaurants halal. Récemment, une autre minorité, les Mongols, a été réprimée après des protestations visant l’interdiction d’enseigner dans leur langue en Mongolie intérieure.

Au Xinjiang, s’y ajoute une dimension stratégique : cette immense province de l’ouest chinois a non seulement des ressources pétrolières, mais surtout, elle constitue la frontière extérieure de la Chine, hier avec l’URSS, aujourd’hui avec les États d’Asie centrale, un élément-clé des nouvelles Routes de la Soie promues par Pékin.

La partie est d’autant plus inégale que la Chine emploie l’arme démographique. Les quelque douze millions de Ouigours étaient autrefois majoritaires dans leur région. Ils sont devenus minoritaires avec l’afflux encouragé de paysans pauvres du reste de la Chine, membres du peuple dominant Han. Les dirigeants chinois n’aiment pas le mot « colonisation », mais c’est pourtant l’essence de ce qui passe.

Les protestations concernant les Ouigours sont longtemps restées isolées, mais le climat de confrontation larvée avec la Chine leur a donné une autre dimension. Pékin a beau jeu de dénoncer l’administration Trump, qui utilise en effet les Ouigours dans sa guerre froide contre le pouvoir chinois ; mais ça n’enlève rien à l’accumulation d’éléments accablants sur ce qui se passe au Xinjiang.

La Chine n’autorise aucune enquête indépendante sur place. C’est pourtant la seule manière de donner un crédit quelconque aux démentis de Pékin : laissez entrer des enquêteurs de l’ONU s’il n’y a rien à cacher.

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