La ville syrienne d'Alep est à la Une de l'actualité ce matin, avec la photo du petit Omran... Mais pourquoi Alep ?

Alep le 18 août 2016
Alep le 18 août 2016 © AFP / George Ourfalian/ AFP

Pourquoi Alep est-elle si importante dans cette guerre civile de 5 ans qui a déjà fait 400 000 victimes et des millions de réfugiés ? La question est importante, tout simplement parce que la réponse n'a rien d'évidente.

Alep est certes la 2nde ville de Syrie, et même la 1ère d'un point de vue économique, mais ce n'est pas capitale, Damas, et, en temps de guerre, les industries et le commerce, qui faisait la prospérité d'Alep, sont anéantis.

Alors je pourrais vous répondre qu’Alep, c'est la ville la plus « capée » de Syrie, avec les monuments les plus remarquables du pays, une histoire continue depuis la préhistoire, citée par les chroniques égyptienne dès de 2e millénaire avant JC.

Je pourrais aussi ajouter que, pour les musulmans, Alep est le lieu d'une des premières victoires significatives des compagnons de Mahomet : elle a été conquise dès 636 après JC, c'est-à-dire 4 ans à peine après la mort du prophète.

Je sens bien, à vous entendre que l'importance d'Alep ne réside pas dans son histoire millénaire...

Vous m'avez parfaitement compris. J'ajouterai qu'en plus, la ville historique a été particulièrement touchée par les bombardements : la Grande Mosquée Omeyyade d'Alep a été partiellement détruite, comme le souk ottoman d'ailleurs.

Non la vraie raison de l'importance stratégique d'Alep est tout simplement parce que la ville, située au nord du pays, est lieu que se disputent le régime de Bashar el Assad et l'opposition depuis presque le début de cette épouvantable boucherie.

Dès 2012, les forces armées de l'opposition ont fait de la prise d'Alep le symbole de leur révolution. Aujourd'hui, ces forces djihadistes et civiles confondues tiennent deux grandes villes : Idlib et donc Alep.

Quant au régime, il détient en grandes parties la capitale et une grande partie de la Syrie « utile ». En reprenant Alep, Al-Assad contrôlerait 90% du territoire national, anéantissant les espoirs de l'opposition de le chasser du pouvoir.

Pourquoi Bashar et son armée ne parviennent pas à reprendre la ville ?

D'autant que je le rappelle, Bashar est aidé par la Russie dans les airs et l'Iran à terre. La réponse est elle aussi très simple : Bashar n'a plus les troupes au sol nécessaires pour remporter une victoire rapide.

Je m'explique : l'armée syrienne n'est plus que l'ombre d'elle-même. Beaucoup de soldats ont déserté, ou ont fui le pays. Il ne lui reste plus qu'un dernier carré de soldats et d'officiers tellement compromis qu'ils se battent dos au mur.

Voilà pourquoi ni Bashar, ni les djihadistes, ni ce qui reste de l'Armée syrienne libre ne parvient à faire la différence : les troupes sont épuisées. Reste Alep, ses 300 à 400 000 habitants piégés par les combats et des négociations à venir fin août.

En fait, c'est cela l'enjeu : arriver à Genève avec une bataille décisive remportée dans sa besace. D'un côté comme de l'autre, les termes de la négociation ne seront pas les mêmes si Alep est tombée entre les mains du régime ou de l'opposition.

Autrement dit, et c'est peut-être le plus triste dans cette affaire : des centaines de civils vont mourir à Alep pour que les diplomates de l'un et l'autre camp puissent négocier la paix ou du moins un cesser le feu conforme à leurs intérêts.

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