L’Espagne précipite son retrait d’Irak. Il y a un mois, au lendemain de la victoire des socialistes, José Luis Zapatero, leur chef de file devenu Président du gouvernement la semaine dernière, déclarait qu’il rappellerait les 1300 hommes du contingent espagnol si l’Onu n’avait pas pris la responsabilité de ce pays, d’ici le 30 juin, en lieu et place des Américains. Il a maintenant annoncé, hier, que ce retrait serait effectué « dans les délais les plus courts », début sous quinze jours, aurait-il même dit aux dirigeants égyptiens, et il y a deux raisons à cette accélération. La première est que la dégradation de la situation irakienne fait craindre au nouveau gouvernement espagnol que ses soldats ne puissent être victimes, dans les deux mois qui viennent, de prises d’otages ou de lourdes pertes et que leur rappel ne passe ainsi pour une conséquence de revers militaires, pour une fuite devant le danger. José Luis Zapatero veut que le retrait espagnol reste ce qu’il est, la réalisation d’un engagement politique pris devant des électeurs qui étaient hostiles, à neuf sur dix, à l’entrée en guerre de leur pays et sa détermination est d’autant plus forte qu’il ne croit pas que les Etats-Unis soient disposés à céder les commandes de l’Irak aux Nations-Unies. « Les déclarations des protagonistes et les réunions entre ministres de la Défense, a-t-il expliqué, n’ont pas apporté d’éléments permettant de prévoir une évolution substantielle dans un avenir proche ». « Il est peu probable qu’une résolution de l’Onu répondant aux conditions que nous avons fixées pour notre présence en Irak soit adoptée », a-t-il ajouté et ce scepticisme est, de fait, largement partagé par les responsables onusiens et beaucoup de capitales européennes. Officiellement, Georges Bush s’est rallié à l’idée de confier aux Nations-Unies la mise en place du gouvernement provisoire auquel les Etats-Unis remettraient la souveraineté irakienne à la fin de ce semestre. Il l’a dit à la veille du week-end en approuvant les propositions faites par Lakhdar Brahimi, l’envoyé spécial de l’Onu en Irak. La Maison-Blanche paraît se rallier, de cette manière, à l’idée, soutenue par Paris et Berlin, d’une Conférence nationale entre les parties irakiennes qui serait chargée de préparer les élections de janvier 2005 mais le diable est dans les détails. Au-delà de ces principes, les intentions américaines demeurent extrêmement floues sur l’étendue des pouvoirs qui seraient effectivement cédées aux irakiens le 30 juin, sur l’éventualité d’un passage des troupes américano-britanniques sous commandement politique des Nations-Unies, et sur la répartition des rôles entre le gouvernement provisoire, les militaires de la coalition et l’ONU. Ce seront ces trois points qui feront ou ne feront pas le changement et, pour l’heure, le mieux qu’on puisse espérer de Washington est une longue et difficile négociation au Conseil de sécurité. Les premiers contacts sont pris. Les Espagnols ne les ont clairement pas jugés concluants.

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