Georges Bush a, un jour, défini la Chine comme un « rival stratégique ». C’était un constat d’évidence car, entre une superpuissance aujourd’hui sans égale et l’autre superpuissance de demain, plus de quatre fois plus peuplée et en rapide et constante croissance depuis un quart de siècle, il ne peut y avoir que compétition. Qui pèsera bientôt le plus en Asie, le continent qui monte ? A quelle échéance la diplomatie américaine devra-t-elle vraiment tenir compte de l’influence internationale de la Chine qui, déjà, devient sensible ? Comment l’économie américaine pourrait-elle éviter d’être surpassée par la chinoise ? Autant de questions qu’on ne cesse de se poser à Washington, à Pékin, dans les autres grandes capitales aussi. Leur ombre plane sur cette première visite aux Etats-Unis du président chinois, Hu Jintao, mais, pour l’heure, Américains et Chinois se ménagent, soucieux de ne pas compromettre de bonnes relations qui leur sont aussi indispensables aux uns qu’aux autres. La Chine a besoin de la haute technologie américaine qui a besoin, elle, du marché chinois. Les chaînes de supermarché américaines et leurs clientèles se sont habituées aux bas prix des produits manufacturés, jouets ou téléviseurs, exportés par la Chine qui, elle, ne se passerait plus sans dommages de débouchés aussi porteurs. Les deux pays sont intimement liés mais leurs frictions, suspicions et malaises disent toute l’ambiguïté de leurs relations. Entre eux le premier problème, est celui de l’inégalité de leurs échanges. En 2005, le déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine a atteint la somme record de 202 milliards de dollars et les Américains en sont d’autant plus ulcérés qu’ils ne considèrent pas que cela tienne uniquement aux prix de revient chinois. A leurs yeux, le vrai responsable de cette situation est le cours du yuan, de la monnaie chinoise, qui serait, disent-ils, volontairement sous-évaluée de 40% afin de faciliter les exportations chinoises qui ébranlent des branches entières de l’industrie américaine sur leur propre marché. Les Etats-Unis veulent que la Chine réévalue. Harcelés par leurs électeurs, les élus du Congrès menacent de sévir si elle ne le fait pas mais les Chinois prennent leur temps et leur réponse est tout entière contenue dans ce choix qu’a fait Hu Jintao de commencer sa visite par des escales chez Boeing et Microsoft. « Si vous voulez qu’on ne vous achète plus d’avions et d’ordinateurs, libre à vous », dit-il par là et le grand dîner qu’organise en son honneur Bill Gates, le patron de Microsoft, dit assez que, dans cette empoignade, la haute technologie américaine soutient la Chine, ce client de rêve. Deuxième grand problème, le pétrole dont la croissance chinoise est assoiffée et qu’elle va, notamment, chercher en Iran, au Venezuela, jusqu’au Soudan, trois pays avec lesquels l’Amérique est en délicatesses plus ou moins grandes. Les approvisionnements iraniens de la Chine conduisent Pékin à prêcher la modération dans la crise nucléaire. Les Etats-Unis en sont plus qu’inquiets et ce sera le premier des sujets de discussion entre les deux Présidents, jeudi, à la Maison-Blanche.

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